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Le titre original, The sound and the Fury, vient de Macbeth : « It is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing ». Les évènements retracés dans le livre font l’objet d’un résumé par le traducteur dans un texte introductif, au motif que le texte de Faulkner est trop obscur. Est-ce à cause de cette préface : le récit, en dépit de son caractère haché et subjectif (on est successivement dans la tête de Benjy, puis de Quentin, puis de Jason) et des complications volontairement posées par Faulkner (un certain nombre de prénom appartiennent par exemple à deux personnages) est relativement limpide. Bizarrement le traducteur prévient que le sujet du livre est la haine de Jason pour la jeune Quentin, alors que tout tourne autour de Caddy, dont Faulkner lui-même dit que son projet de nouvelle est devenu roman après qu’il s’est épris de son personnage. Les trois chapitres sont ainsi chacun consacrés à un frère de Caddy, et semble refléter chacun une facette de l’amour.
Benjy est complètement demeuré, un vrai légume qui vit dans un monde de sensations. Il a pour sa sœur un amour absolu et instinctif. Elle « sent comme les arbres » et elle est toujours bonne pour lui, prenant sa défense, s’inquiétant de ses émotions, donnant du prix à ses marques d’affection et lui en témoignant en retour. Tout le premier chapitre est un va-et-vient entre le 7 avril 1928, date du 32ème anniversaire de Benjy qu’il consacre à zoner avec Luster, le petit-fils de Dilsey, près du terrain de golf à la recherche de 25 cents perdus pour aller au cirque, et des flashs d’enfance où Caddy était encore là. Depuis qu’elle s’est fait chasser par son mari, semble t-il pour avoir eu un enfant (Quentin) qui n’était pas de lui (mais de Quentin précisément, même si le traducteur prétend que l’amour incestueux de Quentin est resté platonique), Jason et sa mère, qui ont recueilli son enfant, ont interdit que son nom soit prononcé. Dès qu’il l’entend pourtant, que ce soit de Luster pour le titiller ou d’un des golfeurs appelant son caddie, des réminiscences d’enfance apparaissent et Benjy se met à chouiner.
Dans le 2ème chapitre on semble accompagner Quentin le jour de son suicide, sans qu’il soit tout à fait établi que tous les évènements rapportés se tiennent sur la même journée. Quentin est étudiant à Harvard, dont les frais de scolarité ont nécessité la vente d’un pré du domaine familial. On est alors en 1910, le père (Jason) n’est pas encore mort de boisson. Quentin se noie et laisse une lettre, sans qu’à aucun moment le cours de ses pensées ou le contenu de la lettre, non dévoilée mais dont on sait que la mère l’a reçue, ne sont explicités. Mais Caddy revient de manière obsessionnelle, alternativement dans une scène d’attouchement et dans une scène de jalousie à propos d’un de ses amants, Dalton Ames. Et Quentin agresse également un camarade fils à papa en lui hurlant : « As-tu jamais eu une sœur ? »
Retour à 1928 dans le 3ème chapitre consacré à la vision du monde de Jason, le mal aimé, l’exclu, qui « n’a besoin de personne pour se tenir sur ses deux jambes ». Il accumule tous les défauts possibles, raciste, méchant, retors, fainéant, menteur, voleur, de mauvaise foi et repu de bonne conscience. C’est lui qui condamne Caddy à l’exil, détourne l’argent qu’elle envoie en faisant déchirer de faux chèques à sa mère, met au feu devant Luster qui en bave d’envie deux billets pour le cirque qu’on lui a donné, etc… Déjà petit c’était le rapporteur. Chez ce méchant on ne sait pas si la méchanceté venge l’exclusion ou si elle rayonne en s’en foutant crânement. Dans une interprétation « caddyesque » du roman, ce serait du dépit de constater l’intimité entre Quentin et Caddy et le lien spécial entre Benjy et Caddy que serait né le cœur de pierre de Jason.
Dans un 4ème et dernier chapitre on retrouve une narration externe pour une étrange conclusion : Quentin s’est barré avec son romano à cravate rouge et avec le trésor accumulé par Jason, 3.000 $. Ce dernier se met immédiatement en chasse, tandis que les noirs et Benjy vont à la messe Au bout d’un moment on comprend, et Jason aussi, que la piste s’est évanouie, car Quentin et son mec ont quitté la troupe du cirque. Jason, bizarrement soulagé, s’en retourne à Jefferson soigner sa migraine et à peine arrivé colle une trempe à Luster.
Un roman magnifique et captivant ! Tous les personnages sont attachants, même le mongol, même le vicelard, à l’exception peut-être de la mère, increvable mégère aux insupportables lamentations répétitives. Elle se croit punie et sa famille maudite, pour un crime non précisé. L’écriture de Faulkner est un tour de force, avec une focale qui se précise peu à peu : Benjy zappe sans arrêt, Quentin va et vient entre passé et présent, Jason est pour l’essentiel concentré dans le quotidien et la conclusion revient à une narration chronologique des plus classiques. Les éléments du drame se mettent en place petit à petit, par touche, telle la castration de Benjy après qu’il a agressé une petite fille qui sortait de l’école. Et Caddy reste un mystère à peine approché : tour à tour petite fille charmante et un brin tyrannique, jeune femme séduisante et un peu perdue dans les jeux de la séduction puis femme à moitié folle d’amour pour la petite fille qu’on lui interdit d’approcher. On la devine bonne, belle et fêlée. Juste ce qu’il faut pour en tomber amoureux.
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mardi 19 février 2008
vendredi 25 février 2005
Tandis que j’agonise, William Faulkner, Verbier, 25 février 2005
Encore un petit Djian, encore un roman américain du 20ème siècle, et encore un kiff, un peu long à venir mais d’autant meilleur. L’histoire d’Anse Bundren qui enterre sa femme Addie, selon les volontés de la défunte, c’est-à-dire avec « tous ceux de son sang », sans faire appel à personne, et surtout à Jefferson, à 40 miles de là. Anse va donc traîner sa marmaille et le corps pourrissant de sa femme huit jours durant, parce que « c’est ce qu’elle aurait voulu ».
En chemin Cash l’aîné perd une jambe ou tout comme, Darl le second qui a toujours été bizarre à cause du paysage dans ses yeux est livré comme fou aux ambulanciers de l’asile de Jackson après avoir mis le feu à une grange, vraisemblablement pour cramer le cadavre puant de sa mère, Jewel se fait déposséder de son cheval si durement gagné, Dewey Dell se fait tringler par un escroc en échange du médicament abortif qu’elle recherche désespérément, et Vardaman le petit dernier pète tranquillement les plombs en rêvant au petit train électrique qu’il avait vu à Jackson une fois.
Anse est un enfoiré catastrophique, qui n’en branle pas une rame, vit sur le dos de tout un chacun et surtout de ses enfants, se lamente sur son sort et prend toutes les mauvaises décisions possibles. Au terme du périple, il tape les 10$ planqués par Dewey Dell pour son médicament pour aller se refaire des dents et reprend illico une nouvelle femme, peut-être pour son gramophone.
L’histoire est cool, bien âpre et qui fait pas de cadeau, mais sans en rajouter. L’ensemble est constitué d’une suite de monologues intérieurs des différents personnages ; trouver des repères prend donc un certain temps, et d’ailleurs il est conseillé dans la préface de relire deux fois chaque monologue, ce se révèle parfois d’une efficacité étonnante. La lecture est donc un peu poussive au départ, devient plaisante et finit par être complètement bouleversante. Ce qui s’appelle finir sur une bonne impression.
En chemin Cash l’aîné perd une jambe ou tout comme, Darl le second qui a toujours été bizarre à cause du paysage dans ses yeux est livré comme fou aux ambulanciers de l’asile de Jackson après avoir mis le feu à une grange, vraisemblablement pour cramer le cadavre puant de sa mère, Jewel se fait déposséder de son cheval si durement gagné, Dewey Dell se fait tringler par un escroc en échange du médicament abortif qu’elle recherche désespérément, et Vardaman le petit dernier pète tranquillement les plombs en rêvant au petit train électrique qu’il avait vu à Jackson une fois.
Anse est un enfoiré catastrophique, qui n’en branle pas une rame, vit sur le dos de tout un chacun et surtout de ses enfants, se lamente sur son sort et prend toutes les mauvaises décisions possibles. Au terme du périple, il tape les 10$ planqués par Dewey Dell pour son médicament pour aller se refaire des dents et reprend illico une nouvelle femme, peut-être pour son gramophone.
L’histoire est cool, bien âpre et qui fait pas de cadeau, mais sans en rajouter. L’ensemble est constitué d’une suite de monologues intérieurs des différents personnages ; trouver des repères prend donc un certain temps, et d’ailleurs il est conseillé dans la préface de relire deux fois chaque monologue, ce se révèle parfois d’une efficacité étonnante. La lecture est donc un peu poussive au départ, devient plaisante et finit par être complètement bouleversante. Ce qui s’appelle finir sur une bonne impression.
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