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Après la 1ère guerre mondiale et l’Amérique du McCarthysme, Dugain poursuit son exploration des monstres historiques du 20ème siècle en s’attaquant cette fois à l’Union Soviétique, ou plutôt à la Russie éternelle.
Le récit démarre avec un Staline fort bien rendu mais s’épanchant de façon invraisemblable avec le premier venu, véritable petit père des peuples plein d’attentions pour chacun et dans le même temps assassin à grande échelle, délirant et dépourvu de tout scrupule à l’égard de la vie humaine, la lointaine comme la toute proche. On suit ensuite le parcours de Platov, alias Poutine, d’abord comme agent du KGB à Berlin, qui se sort avec succès du test imaginé par ses supérieurs qui préparent déjà l’après-URSS, ce qui lui laisse des parrains déterminants au sein des services secrets, à la mairie de Saint-Petersbourg, puis à la tête du FSB (qui a succédé au KGB) et enfin au Kremlin au moment de l’épisode du naufrage de l’Oskar, alias le Koursk. Parallèlement à la grande histoire, Dugain intercale celle de Pavel, russe d’une cinquantaine d’années, né en Sibérie après que sa mère urologue a subi le désastre d’être choisie par Staline pour soulager les douleurs que lui causait sa mauvaise circulation sanguine. Ce dernier exige son divorce immédiat pour garantir le secret et, afin de s’en assurer vraiment, fait torturer longuement le mari. Le couple s’est reformé après la mort de Staline, s’est exilé en Sibérie où Pavel est né quatre ans après. Son meilleur ami Anton et son fils Vania font partie des disparus du Koursk et l’on suit son deuil à travers sa vie quotidienne.
Le Koursk semble avoir été coulé par l’explosion d’une de ses propres torpilles et s’est échoué sur un banc de sable peu profond. Une vingtaine de marins, dont Vania et Anton, sur les 120 embarqués, ont survécu à l’explosion et auraient pu être sauvés, mais Poutine n’a accepté que l’on se porte à leur secours qu’une fois qu’il était à peu prés acquis qu’il était trop tard, pour que la version officielle ne soit pas embarrassée par les témoignages des survivants. Dugain expose tous les dérèglements d’un pays livré à une corruption endémique et d’un Etat sans égard pour les existences individuelles, ainsi que les dernières heures du Koursk, avec un égal talent pour restituer la complexité, que ce soit celle d’une société humaine ou celle de la mécanique d’un sous-marin à propulsion nucléaire. Il ne s’agit pas toujours de grande littérature mais de nombreuses phrases bien balancées sont riches en concepts et constructions théoriques, ce qui tiendrait presque lieu de style. On est moins proche du chef d’œuvre qu’avec La malédiction d’Edgar, très ramassé sur un personnage, ou La chambre des officiers, plus sentimental et moins cynique, mais le drame de l’homme perdu dans l’Histoire est toujours aussi réussi. Il me revient enfin que ce livre est celui dont François Bayrou avait choisi de recommander la lecture lors du Grand Journal de Canal+ au moment de la campagne présidentielle de 2007. Un excellent choix en l’occurrence : plaisant, instructif et convenable, quoique engagé et courageux.
jeudi 7 août 2008
mardi 1 juillet 2008
La bible de néon, John Kennedy Toole, train Reims-Paris, le 1er juillet 2008
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Très étonnant et admirable que ce texte ait été écrit dans les années 50 par un gosse de 15 ou 16 ans, qui donnera peut-être vers 25 ans La conjuration des imbéciles avant de se suicider à 32 en branchant une rallonge sur son tuyau d’échappement, ensevelissant ainsi une œuvre qui aurait été dingue.
C’est l’histoire de l’enfance de Dave dans une petite ville bigote et pauvre près de la Nouvelle-Orléans. Du malheur en stock : Dave n’est pas très dégourdi, son père paume son boulot puis meurt à la guerre en Italie, rendant folle sa mère, sans que le moindre pote ne passe jamais dans le décor lugubre que constitue la maison sur la colline dans laquelle la famille est reléguée depuis le chômage du père. La seule âme bonne est la Tante Mae qui se réfugie auprès de sa sœur à la fin de sa pathétique carrière de chanteuse de cabaret et qui mettra des années à faire taire les médisances sur son accoutrement, juste le temps que lesdites médisances se reportent sur la folie de la mère qui ne quitte plus l’impossible potager sur argile du père, que la guerre avait fini par attendrir. Pour finir Mae abandonne Dave avec sa mère gâteuse qui le jour même agonise dans l’escalier après s’être pété la gueule. Sur ces événements, le pasteur se ramène pour emmener la mère à l’hospice et Dave le bute d’un coup de fusil. A la fin (qui est aussi le début), il part en train vers de nouveaux horizons, aussi loin qu’il peut aller.
Cette fin trop précipitée est peut-être le seul défaut sur le plan littéraire. Le reste du texte est excellemment tenu, centré sur le huis clos de la petite ville sur laquelle le pasteur fait régner une bigoterie oppressante. Il ne se passe rien pour Dave qui voit ses camarades d’école aller à l’université et sortir avec des filles tandis qu’il fait le commis à l’épicerie. Du coup le moindre événement sentimental prend des dimensions gigantesques et exagérées : il sort une fois avec Jolynne, une jolie fille d’une autre ville qui rend visite à son grand-père, et l’embrasse dans les collines. Quand elle vient lui annoncer qu’elle repart, il la demande en mariage et elle s’enfuit en courant.
C’est quand même dingue, à 15 ou 16 ans, d’avoir un discours aussi structuré et mesuré à la fois sur la ségrégation raciale, la bêtise collective et l’horreur des masses. Rien que de l’extrêmement crédible alors qu’il ne lésine pas sur la cruauté… Le titre, le même qu’Arcade Fire, laisse songeur : peut-être ont-ils lu ce livre ou peut-être est-ce très commun de mettre des bibles en néon sur les églises dans l’Amérique profonde ? C’est toujours un endroit où il me reste à aller, me disais-je en lisant ce livre sur la piscine terrasse de la sélecte Soho House de New York…
Très étonnant et admirable que ce texte ait été écrit dans les années 50 par un gosse de 15 ou 16 ans, qui donnera peut-être vers 25 ans La conjuration des imbéciles avant de se suicider à 32 en branchant une rallonge sur son tuyau d’échappement, ensevelissant ainsi une œuvre qui aurait été dingue.
C’est l’histoire de l’enfance de Dave dans une petite ville bigote et pauvre près de la Nouvelle-Orléans. Du malheur en stock : Dave n’est pas très dégourdi, son père paume son boulot puis meurt à la guerre en Italie, rendant folle sa mère, sans que le moindre pote ne passe jamais dans le décor lugubre que constitue la maison sur la colline dans laquelle la famille est reléguée depuis le chômage du père. La seule âme bonne est la Tante Mae qui se réfugie auprès de sa sœur à la fin de sa pathétique carrière de chanteuse de cabaret et qui mettra des années à faire taire les médisances sur son accoutrement, juste le temps que lesdites médisances se reportent sur la folie de la mère qui ne quitte plus l’impossible potager sur argile du père, que la guerre avait fini par attendrir. Pour finir Mae abandonne Dave avec sa mère gâteuse qui le jour même agonise dans l’escalier après s’être pété la gueule. Sur ces événements, le pasteur se ramène pour emmener la mère à l’hospice et Dave le bute d’un coup de fusil. A la fin (qui est aussi le début), il part en train vers de nouveaux horizons, aussi loin qu’il peut aller.
Cette fin trop précipitée est peut-être le seul défaut sur le plan littéraire. Le reste du texte est excellemment tenu, centré sur le huis clos de la petite ville sur laquelle le pasteur fait régner une bigoterie oppressante. Il ne se passe rien pour Dave qui voit ses camarades d’école aller à l’université et sortir avec des filles tandis qu’il fait le commis à l’épicerie. Du coup le moindre événement sentimental prend des dimensions gigantesques et exagérées : il sort une fois avec Jolynne, une jolie fille d’une autre ville qui rend visite à son grand-père, et l’embrasse dans les collines. Quand elle vient lui annoncer qu’elle repart, il la demande en mariage et elle s’enfuit en courant.
C’est quand même dingue, à 15 ou 16 ans, d’avoir un discours aussi structuré et mesuré à la fois sur la ségrégation raciale, la bêtise collective et l’horreur des masses. Rien que de l’extrêmement crédible alors qu’il ne lésine pas sur la cruauté… Le titre, le même qu’Arcade Fire, laisse songeur : peut-être ont-ils lu ce livre ou peut-être est-ce très commun de mettre des bibles en néon sur les églises dans l’Amérique profonde ? C’est toujours un endroit où il me reste à aller, me disais-je en lisant ce livre sur la piscine terrasse de la sélecte Soho House de New York…
mercredi 18 juin 2008
La belle vie, Jay McInerney, Paris, 18 juin 2008
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La suite des aventures de Russell et Corinne Calloway fait encore davantage que l’épisode précédent, 30 ans et des poussières, penser à une improbable rencontre entre Bret Easton Ellis et la collection Arlequin.
Autour du coup de foudre de Corinne et Luke, un banquier en crise existentielle qui vient de se retirer prématurément des affaires et tombe sur Corinne, qu’il prend pour un ange, au sortir de 24 heures de déblaiement du World Trade Center qui est passé à un cheveu de lui tomber dessus, McInerney retrace le parcours de nos deux héros durant leur trentaine et en particulier l’épisode de la procréation de deux jumeaux, Storey et Jeremy, à partir des ovules d’Hillary, la sœur de Corinne.
Comme toujours pour ainsi dire, ou du moins à chaque fois que McInerney se penche sur la situation, le couple bat de l’aile. Corinne essaie de se débrouiller avec son sentiment de culpabilité (d’avoir accouché prématurément, d’avoir arrêté de bosser pour avoir des enfants, d’avoir défié les lois de la nature en recourant aux ovules d’Hillary…) tandis que Russell vit sa vie d’égoïste maniéré et content de lui. Peu à peu Luke et Corinne prennent conscience, tandis qu’ils passent tous deux leurs nuits à travailler bénévolement à la cantine de Jerry pour encourager à coup de sandwichs les sauveteurs, pompiers, gardes nationaux et autres policiers qui s’affairent sur Ground Zero, du coup de foudre qui les a frappé le 12 septembre. Leur histoire idyllique, tant sur le plan sentimental, culturel que sexuel, les décide à quitter leurs conjoints respectifs, qui ont tous deux été préalablement convaincus d’adultère et font profil bas, et à fonder une nouvelle famille, ce qui est quasi fait au tout dernier chapitre du livre, quand tout capote. Le premier et seul mensonge entre eux aura été fatal : ils se tombent dessus en compagnie de leurs familles à la représentation de Casse-Noisette alors que Corinne avait prétendu qu’elle recevait des amis, ne souhaitant pas parler à Luke de cette sortie familiale. Est-ce de voir leurs familles ou est-ce ce que ce mensonge révèle ou pour une autre raison, à l’instant précis de leur rencontre au théâtre les plans d’évasion se trouvent annulés et chacun sait qu’il retournera à sa vie. McInerney se garde bien cependant de donner le fin mot de l’histoire.
L’essentiel du livre étant consacré à une romance idyllique, ça dégouline parfois un peu, en dépit de tout le talent de McInerney, et la succession de grands thèmes (le 11 septembre, la sexualité en famille – Luke aborde enfin avec sa mère l’épisode où enfant il s’était retrouvé coincé dans le placard de la chambre parentale tandis qu’elle baisait avec son amant, ce juste après être tombé sur sa fille de 14 ans en train de sucer un camarade dans sa chambre -, la procréation à tout prix, le désenchantement du banquier, les mauvaises raisons pour lesquelles on se montre charitable – la surpopulation des bénévoles du 11 septembre est très drôle et bien rendue -), donne parfois un effet un peu artificiel. Mais c’est extrêmement bien fait, avec une grande rigueur scénaristique (voir les très nombreuses allusions à des éléments de 30 ans et des poussières qui font chaque fois l’objet d’un bref résumé, dont on demande s’ils permettent à ce second tome des aventures des Calloway de s’autosuffire) et un grand plaisir de lecture qu’on aurait tort de bouder même si c’est un peu trivial.
La suite des aventures de Russell et Corinne Calloway fait encore davantage que l’épisode précédent, 30 ans et des poussières, penser à une improbable rencontre entre Bret Easton Ellis et la collection Arlequin.
Autour du coup de foudre de Corinne et Luke, un banquier en crise existentielle qui vient de se retirer prématurément des affaires et tombe sur Corinne, qu’il prend pour un ange, au sortir de 24 heures de déblaiement du World Trade Center qui est passé à un cheveu de lui tomber dessus, McInerney retrace le parcours de nos deux héros durant leur trentaine et en particulier l’épisode de la procréation de deux jumeaux, Storey et Jeremy, à partir des ovules d’Hillary, la sœur de Corinne.
Comme toujours pour ainsi dire, ou du moins à chaque fois que McInerney se penche sur la situation, le couple bat de l’aile. Corinne essaie de se débrouiller avec son sentiment de culpabilité (d’avoir accouché prématurément, d’avoir arrêté de bosser pour avoir des enfants, d’avoir défié les lois de la nature en recourant aux ovules d’Hillary…) tandis que Russell vit sa vie d’égoïste maniéré et content de lui. Peu à peu Luke et Corinne prennent conscience, tandis qu’ils passent tous deux leurs nuits à travailler bénévolement à la cantine de Jerry pour encourager à coup de sandwichs les sauveteurs, pompiers, gardes nationaux et autres policiers qui s’affairent sur Ground Zero, du coup de foudre qui les a frappé le 12 septembre. Leur histoire idyllique, tant sur le plan sentimental, culturel que sexuel, les décide à quitter leurs conjoints respectifs, qui ont tous deux été préalablement convaincus d’adultère et font profil bas, et à fonder une nouvelle famille, ce qui est quasi fait au tout dernier chapitre du livre, quand tout capote. Le premier et seul mensonge entre eux aura été fatal : ils se tombent dessus en compagnie de leurs familles à la représentation de Casse-Noisette alors que Corinne avait prétendu qu’elle recevait des amis, ne souhaitant pas parler à Luke de cette sortie familiale. Est-ce de voir leurs familles ou est-ce ce que ce mensonge révèle ou pour une autre raison, à l’instant précis de leur rencontre au théâtre les plans d’évasion se trouvent annulés et chacun sait qu’il retournera à sa vie. McInerney se garde bien cependant de donner le fin mot de l’histoire.
L’essentiel du livre étant consacré à une romance idyllique, ça dégouline parfois un peu, en dépit de tout le talent de McInerney, et la succession de grands thèmes (le 11 septembre, la sexualité en famille – Luke aborde enfin avec sa mère l’épisode où enfant il s’était retrouvé coincé dans le placard de la chambre parentale tandis qu’elle baisait avec son amant, ce juste après être tombé sur sa fille de 14 ans en train de sucer un camarade dans sa chambre -, la procréation à tout prix, le désenchantement du banquier, les mauvaises raisons pour lesquelles on se montre charitable – la surpopulation des bénévoles du 11 septembre est très drôle et bien rendue -), donne parfois un effet un peu artificiel. Mais c’est extrêmement bien fait, avec une grande rigueur scénaristique (voir les très nombreuses allusions à des éléments de 30 ans et des poussières qui font chaque fois l’objet d’un bref résumé, dont on demande s’ils permettent à ce second tome des aventures des Calloway de s’autosuffire) et un grand plaisir de lecture qu’on aurait tort de bouder même si c’est un peu trivial.
mardi 3 juin 2008
Et bien dansez maintenant…, Marc Lambron, Paris, 3 juin 2008
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Acheté à cause de l’enthousiasme unanime des critiques du Masque et pour écluser un bon d’achat, ce bavardage léger et érudit sur le cas Sarko et sa première année de présidence laisse une impression mitigée ; c’est plaisant et brillant mais sans parti pris à moins que le message ne soit trop subtil.
Lambron alterne les récits de dîners ou de rencontres avec des gens connus ou anonymes, et des résumés de l’année écoulée. Sa grande spécialité consiste à affubler les personnes de sobriquets imagés : Villepin est un lama courroucé, Sarkozy le Don Corleone du 9.2., Bayrou un pyromane en pataugas… Lambron se targue de saisir une époque, une personnalité, un journal (les Inrocks sont le bulletin officiel des révoltes à prix vert) et lance des flèches caustiques et distinguées à chaque page, toutes les huit références érudites environ (le lecteur moyen en repère une ou deux ce qui flatte son orgueil mais lui met la puce à l’oreille sur toutes celles à côté desquelles il est passé sans les voir).
Il y a quelques images très réussies, par exemple BHL qui conseille successivement Sarko et Ségo non par traîtrise mais par ce qu’il jouit de faire la dame sur un jeu d’échec, et certaines constructions théoriques ne sont pas dénuées d’intérêt, notamment sur le silence mutique qu’ont en commun les stars de l’époque (Cécila Sarkozy, Kate Moss, Victoria Beckham), qui prennent le parti de se taire pour être mieux image. Donc c’est badin et plaisant, mais ça ne prend pas de direction définie. Par ailleurs s’agissant de l’année politique écoulée on n’apprend à peu près rien. On se demande pourtant si une telle chronique peut vieillir, ce serait son seul intérêt : rendre compte de l’air de temps de 2008 à des lecteurs de 2043. Enfin pour ce qui est de balancer sur les coulisses de la haute et les puissants de ce monde c’est un peu décevant de prime abord, mais finalement rendu dans le ton de persiflage cruel et permanent qu’on imagine être celui de la société de cour.
Acheté à cause de l’enthousiasme unanime des critiques du Masque et pour écluser un bon d’achat, ce bavardage léger et érudit sur le cas Sarko et sa première année de présidence laisse une impression mitigée ; c’est plaisant et brillant mais sans parti pris à moins que le message ne soit trop subtil.
Lambron alterne les récits de dîners ou de rencontres avec des gens connus ou anonymes, et des résumés de l’année écoulée. Sa grande spécialité consiste à affubler les personnes de sobriquets imagés : Villepin est un lama courroucé, Sarkozy le Don Corleone du 9.2., Bayrou un pyromane en pataugas… Lambron se targue de saisir une époque, une personnalité, un journal (les Inrocks sont le bulletin officiel des révoltes à prix vert) et lance des flèches caustiques et distinguées à chaque page, toutes les huit références érudites environ (le lecteur moyen en repère une ou deux ce qui flatte son orgueil mais lui met la puce à l’oreille sur toutes celles à côté desquelles il est passé sans les voir).
Il y a quelques images très réussies, par exemple BHL qui conseille successivement Sarko et Ségo non par traîtrise mais par ce qu’il jouit de faire la dame sur un jeu d’échec, et certaines constructions théoriques ne sont pas dénuées d’intérêt, notamment sur le silence mutique qu’ont en commun les stars de l’époque (Cécila Sarkozy, Kate Moss, Victoria Beckham), qui prennent le parti de se taire pour être mieux image. Donc c’est badin et plaisant, mais ça ne prend pas de direction définie. Par ailleurs s’agissant de l’année politique écoulée on n’apprend à peu près rien. On se demande pourtant si une telle chronique peut vieillir, ce serait son seul intérêt : rendre compte de l’air de temps de 2008 à des lecteurs de 2043. Enfin pour ce qui est de balancer sur les coulisses de la haute et les puissants de ce monde c’est un peu décevant de prime abord, mais finalement rendu dans le ton de persiflage cruel et permanent qu’on imagine être celui de la société de cour.
samedi 24 mai 2008
Train fantôme, Anonyme, Paris, 24 mai 2008
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C. a laissé la semaine dernière sur mon ordinateur le fichier word du 5ème ( ?) livre de son ex., tout juste achevé et encore à publier. A plus d’un titre je m’empressai de le lire, d’abord à l’écran puis en version imprimée, ce qui confirme que la lecture à l’écran est un survol. C’est l’histoire d’un fou (« l’insensé de Saint-Fargeau ») qui s’appelle comme moi (comme vous ? non comme moi). C. me l’avait plus ou moins annoncé mais ça m’a quand même vexé au début. En plus il démarre en expliquant qu’il ne donnera pas le nom de la femme qui l’a rendu fou pour ne pas fausser notre jugement, ni le nom de son meilleur pote pour les mêmes raisons, et après il balance joyeusement mon prénom qui n’est même pas le sien. En même temps c’est aussi celui de son frère (en vrai) et à part le type transi d’amour faisant un boulot à la con, la comparaison avec moi s’arrête là.
Donc c’est l’histoire d’un type qui vend des cigares de contrebande au bar de l’hôtel Raphaël et qui entame une relation avec la femme d’un de ses clients, O., une russe cinglée et égocentrique dont il devient progressivement effroyablement jaloux, qui finit par le mépriser et, au bout de 403 jours, le larguer. Le récit est entrecoupé de scènes de métro où trois jeunes imbéciles poursuivent une conversation avec l’insensé de Saint-Fargeau en fond de décor. En fait il s’agit du trajet en métro vers le vernissage de O. et ce n’est qu’une fois rendu que l’on comprend définitivement que l’auteur et l’insensé de Saint-Fargeau ne font qu’un et qu’il a poussé O. dans la Seine tout en en conservant un bras qu’il a expédié à sa propre adresse.
Il y a plein de choses réussies dans ce livre. Déjà ça tient la distance, c’est homogène, ça se lit plaisamment avec un vrai rythme un peu lancinant et répétitif. Peut-être est-ce lié au fait de lire un texte pas encore officiellement publié, l’envie vient parfois de le retoucher, de le parfaire, d’éliminer les phrases définitives pour certaines horripilantes. Les sentences et les références chics confèrent un ton parisien pas loin d’être méprisant, mais quand même vu comme tout ça est casse-gueule il s’en tire vachement bien et c’est très impressionnant. Le défaut grave et fatal me semble le peu de teneur de son personnage féminin, dont on ne comprend pas que l’auteur en tombe raide à ce point. C’est ce qui fait que le livre reste un petit ouvrage parisianiste, mais certainement pas moins bon que des Foenkinos et autres Jauffret. Je serai curieux de voir l’accueil qu’il recevra dans la presse.
C. a laissé la semaine dernière sur mon ordinateur le fichier word du 5ème ( ?) livre de son ex., tout juste achevé et encore à publier. A plus d’un titre je m’empressai de le lire, d’abord à l’écran puis en version imprimée, ce qui confirme que la lecture à l’écran est un survol. C’est l’histoire d’un fou (« l’insensé de Saint-Fargeau ») qui s’appelle comme moi (comme vous ? non comme moi). C. me l’avait plus ou moins annoncé mais ça m’a quand même vexé au début. En plus il démarre en expliquant qu’il ne donnera pas le nom de la femme qui l’a rendu fou pour ne pas fausser notre jugement, ni le nom de son meilleur pote pour les mêmes raisons, et après il balance joyeusement mon prénom qui n’est même pas le sien. En même temps c’est aussi celui de son frère (en vrai) et à part le type transi d’amour faisant un boulot à la con, la comparaison avec moi s’arrête là.
Donc c’est l’histoire d’un type qui vend des cigares de contrebande au bar de l’hôtel Raphaël et qui entame une relation avec la femme d’un de ses clients, O., une russe cinglée et égocentrique dont il devient progressivement effroyablement jaloux, qui finit par le mépriser et, au bout de 403 jours, le larguer. Le récit est entrecoupé de scènes de métro où trois jeunes imbéciles poursuivent une conversation avec l’insensé de Saint-Fargeau en fond de décor. En fait il s’agit du trajet en métro vers le vernissage de O. et ce n’est qu’une fois rendu que l’on comprend définitivement que l’auteur et l’insensé de Saint-Fargeau ne font qu’un et qu’il a poussé O. dans la Seine tout en en conservant un bras qu’il a expédié à sa propre adresse.
Il y a plein de choses réussies dans ce livre. Déjà ça tient la distance, c’est homogène, ça se lit plaisamment avec un vrai rythme un peu lancinant et répétitif. Peut-être est-ce lié au fait de lire un texte pas encore officiellement publié, l’envie vient parfois de le retoucher, de le parfaire, d’éliminer les phrases définitives pour certaines horripilantes. Les sentences et les références chics confèrent un ton parisien pas loin d’être méprisant, mais quand même vu comme tout ça est casse-gueule il s’en tire vachement bien et c’est très impressionnant. Le défaut grave et fatal me semble le peu de teneur de son personnage féminin, dont on ne comprend pas que l’auteur en tombe raide à ce point. C’est ce qui fait que le livre reste un petit ouvrage parisianiste, mais certainement pas moins bon que des Foenkinos et autres Jauffret. Je serai curieux de voir l’accueil qu’il recevra dans la presse.
dimanche 18 mai 2008
En route pour la Gloire, Woody Guthrie, Paris, 18 mai 2008
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Encore un tuyau du vieux Bob, moins percé que les autres. Un peu comme pour Dylan Thomas ou Dylan lui-même, cette autobiographie sent un peu l’esbroufe et l’autocélébration, ou sans doute certains passages moins reluisants ont été passés à la trappe (pas un mot sur le mariage signalé dans la notice biographique « au début des années 30 » alors que le récit court de 1912 à 1942 et qu’un second mariage s’est apparemment tenu en 1942), mais l’essentiel, l’attitude, le cran, les rencontres, sont là et bien là.
Woody, c’est comme Tom Sawyer : c’est l’Amérique, le grand rêve de la liberté. Le livre démarre et s’achève dans un train de marchandises, en hobo parmi les hoboes, avec sa boîte à musique (sa guitare). L’essentiel de l’existence de Woody Guthrie semble avoir été l’itinérance à travers les Etats-Unis d’Amérique parmi les pauvres à la recherche d’un boulot, en soulageant leurs souffrances par de la musique et des paroles inventées sur le tas, le tout porté par la conviction inébranlable que ces gens sont bons et n’aspirent qu’au bonheur, et que c’est la mouise qui les fait se comporter en hyènes. Sans le dire il conçoit sa mission de troubadour à la fois comme un devoir de témoignage sur la dureté des relations sociales et le sort de misère des pauvres de Hooversvilles et des jungle camps, mais aussi comme un rappel à ces pauvres qu’ils ne sont pas que des pauvres, mais aussi des hommes, des frères. Ainsi le 1er chapitre est le récit d’une baston générale entre 70 hoboes dans un wagon de marchandises en marche, et le dernier chapitre est l’épilogue de cette baston, où les mêmes hoboes fraternisent après l’annonce qu’il y a du boulot à Seattle… Guthrie est un peu de gauche.
Entre ces deux chapitres, Guthrie fait le récit de son existence, dans l’ordre chronologique, l’enfance à Okemah dans l’Oklahomah, marqué par le boom pétrolier, une première époque radieuse et opulente, suivie d’une descente progressive aux enfers liée notamment à la folie de sa mère qui semble pyromane. Les maisons brûlent successivement, dont une fois avec la petite sœur dedans, les affaires immobilières du père tournent mal, et Woody devient vagabond, arpentant une Amérique de misère, travaillant de-ci de-là et apprenant sur le tard à jouer de la guitare. Le premier voyage vers la Californie occupe une part importante du récit et a failli le laisser sur le carreau. Une fois là-bas, il aurait pu (prétend-il) s’assurer une place au chaud chez sa tante mais il préfère quand même, à moitié mort de faim, continuer dans le monde des vivants que de pénétrer dans la bourgeoisie éthérée. De même à New York à la toute fin du livre, « à la croisée des chemins », il choisit lui-même (avec la métaphore d’une barque s’éloignant et dont il ne saute pas) de refuser un juteux contrat de music hall et de poursuivre sa vadrouille parmi les travailleurs miséreux.
L’écriture de Guthrie est assez inimitable et fort bien rendue par la traduction française. La syntaxe est souvent approximative ou disons plutôt que le style est très free et créatif (par exemple ce titre d’un délicieux chapitre sur une bataille entre deux bandes d’enfants, digne d’un récit épique de Las Casas sur une bataille napoléonienne : « Pus aucune bande peut pus nous battre »), l’ironie et la tendresse omniprésentes. Par exemple sur la fin de son voyage initiatique pour la Californie : « Ce fut le plus près de la boîte à dominos où je me sois jamais trouvé. Mon esprit reconstitua un million de choses, toute ma vie défila devant moi, et tous les gens que je connaissais, et tout ce qu’ils signifiaient pour moi. Et, sans nul doute, ma ligne politique changea sérieusement à cet instant et à cet endroit mêmes, encore que j’ignorais que je faisais mon éducation à l’époque. » À plein de moments, j’ai pensé à Djian et à sa phrase somptueuse : « le style permet de concentrer toutes les expériences d’un homme en une seule phrase. » De ce point de vue, Guthrie a une sacré classe.
Encore un tuyau du vieux Bob, moins percé que les autres. Un peu comme pour Dylan Thomas ou Dylan lui-même, cette autobiographie sent un peu l’esbroufe et l’autocélébration, ou sans doute certains passages moins reluisants ont été passés à la trappe (pas un mot sur le mariage signalé dans la notice biographique « au début des années 30 » alors que le récit court de 1912 à 1942 et qu’un second mariage s’est apparemment tenu en 1942), mais l’essentiel, l’attitude, le cran, les rencontres, sont là et bien là.
Woody, c’est comme Tom Sawyer : c’est l’Amérique, le grand rêve de la liberté. Le livre démarre et s’achève dans un train de marchandises, en hobo parmi les hoboes, avec sa boîte à musique (sa guitare). L’essentiel de l’existence de Woody Guthrie semble avoir été l’itinérance à travers les Etats-Unis d’Amérique parmi les pauvres à la recherche d’un boulot, en soulageant leurs souffrances par de la musique et des paroles inventées sur le tas, le tout porté par la conviction inébranlable que ces gens sont bons et n’aspirent qu’au bonheur, et que c’est la mouise qui les fait se comporter en hyènes. Sans le dire il conçoit sa mission de troubadour à la fois comme un devoir de témoignage sur la dureté des relations sociales et le sort de misère des pauvres de Hooversvilles et des jungle camps, mais aussi comme un rappel à ces pauvres qu’ils ne sont pas que des pauvres, mais aussi des hommes, des frères. Ainsi le 1er chapitre est le récit d’une baston générale entre 70 hoboes dans un wagon de marchandises en marche, et le dernier chapitre est l’épilogue de cette baston, où les mêmes hoboes fraternisent après l’annonce qu’il y a du boulot à Seattle… Guthrie est un peu de gauche.
Entre ces deux chapitres, Guthrie fait le récit de son existence, dans l’ordre chronologique, l’enfance à Okemah dans l’Oklahomah, marqué par le boom pétrolier, une première époque radieuse et opulente, suivie d’une descente progressive aux enfers liée notamment à la folie de sa mère qui semble pyromane. Les maisons brûlent successivement, dont une fois avec la petite sœur dedans, les affaires immobilières du père tournent mal, et Woody devient vagabond, arpentant une Amérique de misère, travaillant de-ci de-là et apprenant sur le tard à jouer de la guitare. Le premier voyage vers la Californie occupe une part importante du récit et a failli le laisser sur le carreau. Une fois là-bas, il aurait pu (prétend-il) s’assurer une place au chaud chez sa tante mais il préfère quand même, à moitié mort de faim, continuer dans le monde des vivants que de pénétrer dans la bourgeoisie éthérée. De même à New York à la toute fin du livre, « à la croisée des chemins », il choisit lui-même (avec la métaphore d’une barque s’éloignant et dont il ne saute pas) de refuser un juteux contrat de music hall et de poursuivre sa vadrouille parmi les travailleurs miséreux.
L’écriture de Guthrie est assez inimitable et fort bien rendue par la traduction française. La syntaxe est souvent approximative ou disons plutôt que le style est très free et créatif (par exemple ce titre d’un délicieux chapitre sur une bataille entre deux bandes d’enfants, digne d’un récit épique de Las Casas sur une bataille napoléonienne : « Pus aucune bande peut pus nous battre »), l’ironie et la tendresse omniprésentes. Par exemple sur la fin de son voyage initiatique pour la Californie : « Ce fut le plus près de la boîte à dominos où je me sois jamais trouvé. Mon esprit reconstitua un million de choses, toute ma vie défila devant moi, et tous les gens que je connaissais, et tout ce qu’ils signifiaient pour moi. Et, sans nul doute, ma ligne politique changea sérieusement à cet instant et à cet endroit mêmes, encore que j’ignorais que je faisais mon éducation à l’époque. » À plein de moments, j’ai pensé à Djian et à sa phrase somptueuse : « le style permet de concentrer toutes les expériences d’un homme en une seule phrase. » De ce point de vue, Guthrie a une sacré classe.
dimanche 13 avril 2008
Transparences, Ayerdahl, Paris, 13 avril 2008
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Ce polar fait partie des livres offerts par mon père à Noël, et il l’avait lui-même reçu en cadeau de son libraire comme en témoigne la mention « offert par votre libraire. Ne peut être vendu » au dos du livre, qui semble indiquer que le livre est tellement bon qu’il est rentable d’offrir le premier tellement on en fourguera par la suite au lecteur esbaudi. C’est effectivement pas mal dans le genre polar mal écrit pas loin d’être complètement con…
On se laisse quand même prendre évidemment, parce qu’il y a une certaine virtuosité dans le n’importe quoi et des thématiques qui regorgent de fantasmes à grosses ficelles. En résumé Stefen Bellanger, criminologie québécois, obtient un poste de profiler dans l’agence lyonnaise d’Interpol, et se heurte bientôt au dossier Ann X, une jeune Allemande qui a buté ses parents à 12 ans et multiplie les meurtres depuis sans que les témoins de ces meurtres n’arrivent à se rappeler à quoi elle ressemble. En approfondissant leur enquête, Bellanger et son supérieur Decaze s’aperçoivent rapidement qu’ils sont au cœur de manipulations multiples de pleins de services secrets. Au fur et à mesure tout le monde joue triple ou quadruple jeu sauf Michel le SDF de service et seul et unique ami de Bellanger qui malgré sa finesse psychologique est un type totalement insensible et donc extrêmement seul bien qu’il ait le contact facile et un charme irrésistible avec toutes les femmes. D’ailleurs Naïs (le vrai nom d’Anne X) tombe amoureuse de lui, ce qui la décide à mettre un terme à sa carrière criminelle et à se rapprocher de Stefen, d’abord sous de fausses identités, puis en tant que Naïs. Plus que le don de transparence, Naïs a le don de se métamorphoser en des identités multiples et de brouiller l’image qu’elle imprime chez chacun, qui se raccroche à des catégories antérieures pour cataloguer la mémoire de Naïs… Ayerdahl raccroche ici le lecteur au fantasme de la femme multiple, insaisissable et pourtant toujours identique. Pour finir Naïs remonte au sommet du complot qui n’était ourdi par autre que son grand-père, échappe à toutes les polices du monde, repart à la lutte avec Stefen afin qu’il accepte enfin de tomber amoureux d’une tueuse en série et pour finir le convainc de repartir déjouer d’autres complots le jour du 11 septembre 2001, car « ils vont désigner des coupables ».
Le serpent se mord la queue dans cette fin grotesque, dans laquelle toute la philosophie manichéenne qui sous-tend ce genre littéraire se trouve résumée. On notera par ailleurs une véritable modestie de l’auteur qui n’hésite pas à multiplier les références extrêmement actuelles, démontrant ainsi qu’il ne prétend pas écrire pour les siècles futurs. Exemple de trivialité : Stefen commence à reconnaître Ann X dans ses différentes incarnations car à chaque fois la femme en question lui rappelle une certaine chanson de Jean-Jacques Goldman, oui Jean-Jacques Goldman !! On est au-delà de la faute de goût, carrément dans un projet conscient d’anti-littérature ! Reste que ces bavouilles au kilomètre sont plutôt divertissantes, en particulier les joutes psychologiques dont Stefen est supposé spécialiste. Du grand n’importe quoi virtuose et prolixe…
Ce polar fait partie des livres offerts par mon père à Noël, et il l’avait lui-même reçu en cadeau de son libraire comme en témoigne la mention « offert par votre libraire. Ne peut être vendu » au dos du livre, qui semble indiquer que le livre est tellement bon qu’il est rentable d’offrir le premier tellement on en fourguera par la suite au lecteur esbaudi. C’est effectivement pas mal dans le genre polar mal écrit pas loin d’être complètement con…
On se laisse quand même prendre évidemment, parce qu’il y a une certaine virtuosité dans le n’importe quoi et des thématiques qui regorgent de fantasmes à grosses ficelles. En résumé Stefen Bellanger, criminologie québécois, obtient un poste de profiler dans l’agence lyonnaise d’Interpol, et se heurte bientôt au dossier Ann X, une jeune Allemande qui a buté ses parents à 12 ans et multiplie les meurtres depuis sans que les témoins de ces meurtres n’arrivent à se rappeler à quoi elle ressemble. En approfondissant leur enquête, Bellanger et son supérieur Decaze s’aperçoivent rapidement qu’ils sont au cœur de manipulations multiples de pleins de services secrets. Au fur et à mesure tout le monde joue triple ou quadruple jeu sauf Michel le SDF de service et seul et unique ami de Bellanger qui malgré sa finesse psychologique est un type totalement insensible et donc extrêmement seul bien qu’il ait le contact facile et un charme irrésistible avec toutes les femmes. D’ailleurs Naïs (le vrai nom d’Anne X) tombe amoureuse de lui, ce qui la décide à mettre un terme à sa carrière criminelle et à se rapprocher de Stefen, d’abord sous de fausses identités, puis en tant que Naïs. Plus que le don de transparence, Naïs a le don de se métamorphoser en des identités multiples et de brouiller l’image qu’elle imprime chez chacun, qui se raccroche à des catégories antérieures pour cataloguer la mémoire de Naïs… Ayerdahl raccroche ici le lecteur au fantasme de la femme multiple, insaisissable et pourtant toujours identique. Pour finir Naïs remonte au sommet du complot qui n’était ourdi par autre que son grand-père, échappe à toutes les polices du monde, repart à la lutte avec Stefen afin qu’il accepte enfin de tomber amoureux d’une tueuse en série et pour finir le convainc de repartir déjouer d’autres complots le jour du 11 septembre 2001, car « ils vont désigner des coupables ».
Le serpent se mord la queue dans cette fin grotesque, dans laquelle toute la philosophie manichéenne qui sous-tend ce genre littéraire se trouve résumée. On notera par ailleurs une véritable modestie de l’auteur qui n’hésite pas à multiplier les références extrêmement actuelles, démontrant ainsi qu’il ne prétend pas écrire pour les siècles futurs. Exemple de trivialité : Stefen commence à reconnaître Ann X dans ses différentes incarnations car à chaque fois la femme en question lui rappelle une certaine chanson de Jean-Jacques Goldman, oui Jean-Jacques Goldman !! On est au-delà de la faute de goût, carrément dans un projet conscient d’anti-littérature ! Reste que ces bavouilles au kilomètre sont plutôt divertissantes, en particulier les joutes psychologiques dont Stefen est supposé spécialiste. Du grand n’importe quoi virtuose et prolixe…
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