-
Après Jean-François Petit et la thèse mystérieuse de Vincent sur le droit des contrats, retour au plaisir de la lecture avec ce roman récent (2002) acheté sur un coup de tête après avoir lu le « journal de la semaine » remarquable de Tawni O’Dell dans Libé un samedi. Pleins de vraies qualité d’écrivain, un ton, et du plaisir, mais gâché par la timidité, qui pousse l’auteure à surcharger la trame et à alourdir le récit de digressions toujours plaisantes mais parfois mal amenées.
Le fond de l’histoire est intéressant, mais les péripéties sont vraiment corsées : Harley se retrouve chef de famille, à devoir subvenir aux besoins de ses trois petites sœurs Amber, pouffiasse de 16 ans, Misty, froide et imperturbable, 12 ans, et Jody, qui se contente d’être mignonne. La mère de ces gamins est en prison après avoir buté le père d’un coup de fusil, ne pouvant plus supporter qu’ils battent ses gamins. C’est du moins la version officielle, parce qu’on découvre petit à petit qu’en fait c’est Misty qui a buté son père en essayant de buter sa mère, coupable de ne pas les avoir protéger. Cette dernière a préféré s’accuser plutôt que de continuer à affronter le reproche vivant que constituent ses enfants et les tentatives de meurtre de sa fille. Harley, puceau complexé de 19 ans, se fait dépuceler en route et de belle manière par Callie, une mère de famille du voisinage, mais sa sœur Amber explose Callie d’un coup de fusil : elle est amoureuse de son frère qu’elle tripotait étant petite, compensant ainsi les violences paternelles. Ca a l’air tiré par les cheveux et en même temps ça fait penser à l’étrange relation entre P. et sa sœur.
Même si le final est décevant de surenchère, ça reste bien, parce qu’il y a un ton, et ça me paraît en tout cas infiniment supérieur, dans un registre analogue, à L’œuvre déchirante d’un génie renversant, de David Egger.
dimanche 28 novembre 2004
dimanche 10 octobre 2004
Penser avec Mounier, Jean-François Petit, Paris, octobre 2004
-
Trouvé aux Semaines sociales de France, à Lille, où j’ai répondu avec grand plaisir à l’invitation de mes religieux de parents, cet opuscule aux airs de propagande sectaire me tendait les bras : des années que le nom d’Emmanuel Mounier me passe sous les yeux, comme inspirateur du journal Le Monde, penseur chrétien mais respectable, inspirateur des Semaines sociales et des centristes, sans jamais que quiconque soit foutu de mettre une idée précise à côté de ce nom, si ce n’est le sempiternel terme de « personnaliste » et la supériorité, ou plutôt la suprématie absolue de la personne humaine qu’il suppose.
Et bien il m’aura fallu en passer par cet essai médiocre, idolâtre et passablement ennuyeux pour comprendre qu’il n’y a rien d’autre à chercher chez Mounier, mais que c’est déjà beaucoup. Il semble que l’idée de base de Mounier soit de refuser tout systématisme, conçu comme entravant la liberté personnelle. De là découle qu’il existe si peu d’affirmations, voire d’idées, mounieristes. Dès lors la morale doit être une déchirure, une remise en cause permanente : la morale est dans le questionnement lui-même, plus que dans le résultat auquel il aboutit. C’est peu, et c’est beaucoup, mais bon je le savais déjà, par ma mère.
Et en tout cas Jean-François Petit est un bigot apologétique.
Trouvé aux Semaines sociales de France, à Lille, où j’ai répondu avec grand plaisir à l’invitation de mes religieux de parents, cet opuscule aux airs de propagande sectaire me tendait les bras : des années que le nom d’Emmanuel Mounier me passe sous les yeux, comme inspirateur du journal Le Monde, penseur chrétien mais respectable, inspirateur des Semaines sociales et des centristes, sans jamais que quiconque soit foutu de mettre une idée précise à côté de ce nom, si ce n’est le sempiternel terme de « personnaliste » et la supériorité, ou plutôt la suprématie absolue de la personne humaine qu’il suppose.
Et bien il m’aura fallu en passer par cet essai médiocre, idolâtre et passablement ennuyeux pour comprendre qu’il n’y a rien d’autre à chercher chez Mounier, mais que c’est déjà beaucoup. Il semble que l’idée de base de Mounier soit de refuser tout systématisme, conçu comme entravant la liberté personnelle. De là découle qu’il existe si peu d’affirmations, voire d’idées, mounieristes. Dès lors la morale doit être une déchirure, une remise en cause permanente : la morale est dans le questionnement lui-même, plus que dans le résultat auquel il aboutit. C’est peu, et c’est beaucoup, mais bon je le savais déjà, par ma mère.
Et en tout cas Jean-François Petit est un bigot apologétique.
vendredi 1 octobre 2004
Bandini, John Fante, Paris, 1er octobre 2004
-
Arturo Bandini est devenu un copain. Il est trop cool et on passe toujours de bon moments en sa compagnie. « Tout est excessif chez Fante (Bandini) : ses amours, ses engouements, sa fierté, son abjection et sa mauvaiseté. » « Fils d’immigrant italien du Colorado et futur grand auteur, grande gueule et salopard. »
Cette fois c’est une petite tranche de vie d’Arturo, l’été de ses douze ans, révélateur de son environnement familial : « son père est maçon, un bon maçon et un mauvais homme et un mauvais mari, un père buveur et coureur, souvent infect, parfois grand. Une mère victime-née, une sainte qu’on a envie de battre. » Toutes les citations sont extraites de la postface d’un certain Philippe Garnier. Le livre est dédiée à sa mère, « avec amour et dévotion », et à son père, « avec amour et admiration ».
Il faudrait choper la discipline de ne pas commencer un nouveau livre avant d’avoir écrit quelque chose sur le précédent : deux mois sont passés et il s’agit déjà de se remémorer, même si c’est moins dur avec Bandini qu’avec un autre. C’est l’histoire de son père qui déserte une femme trop aimante, un abandon lâche qu’Arturo admire, une humiliation avec la bourgeoise de la ville qui fait la fierté d’Arturo, tandis qu’il se les gèle en crevant de faim avec sa mère et ses frères. Aussi l’histoire de Rosa son premier amour, pour qui il chourre un diamant à sa mère, qu’elle lui rend en le traitant de menteur, Rosa qu’il repousse alors dans la neige avant de balancer le diamant par dessus une maison, Rosa qui meurt d’une maladie à la con dans l’indifférence générale. Une fois de plus l’amour d’Arturo meurt.
L’histoire se suffit moins à elle-même que dans Ask the dust donc ça a moins des airs de chef d’œuvre et de perfection, mais l’âpreté est là : la cohérence de l’incohérence, la réalité d’un gars vrai, qui tient à ce qui est raconté et à la façon dont c’est raconté. Arturo est un pote, définitivement.
Arturo Bandini est devenu un copain. Il est trop cool et on passe toujours de bon moments en sa compagnie. « Tout est excessif chez Fante (Bandini) : ses amours, ses engouements, sa fierté, son abjection et sa mauvaiseté. » « Fils d’immigrant italien du Colorado et futur grand auteur, grande gueule et salopard. »
Cette fois c’est une petite tranche de vie d’Arturo, l’été de ses douze ans, révélateur de son environnement familial : « son père est maçon, un bon maçon et un mauvais homme et un mauvais mari, un père buveur et coureur, souvent infect, parfois grand. Une mère victime-née, une sainte qu’on a envie de battre. » Toutes les citations sont extraites de la postface d’un certain Philippe Garnier. Le livre est dédiée à sa mère, « avec amour et dévotion », et à son père, « avec amour et admiration ».
Il faudrait choper la discipline de ne pas commencer un nouveau livre avant d’avoir écrit quelque chose sur le précédent : deux mois sont passés et il s’agit déjà de se remémorer, même si c’est moins dur avec Bandini qu’avec un autre. C’est l’histoire de son père qui déserte une femme trop aimante, un abandon lâche qu’Arturo admire, une humiliation avec la bourgeoise de la ville qui fait la fierté d’Arturo, tandis qu’il se les gèle en crevant de faim avec sa mère et ses frères. Aussi l’histoire de Rosa son premier amour, pour qui il chourre un diamant à sa mère, qu’elle lui rend en le traitant de menteur, Rosa qu’il repousse alors dans la neige avant de balancer le diamant par dessus une maison, Rosa qui meurt d’une maladie à la con dans l’indifférence générale. Une fois de plus l’amour d’Arturo meurt.
L’histoire se suffit moins à elle-même que dans Ask the dust donc ça a moins des airs de chef d’œuvre et de perfection, mais l’âpreté est là : la cohérence de l’incohérence, la réalité d’un gars vrai, qui tient à ce qui est raconté et à la façon dont c’est raconté. Arturo est un pote, définitivement.
lundi 13 septembre 2004
Les mangeurs d’étoiles, Romain Gary, Paris, septembre 2004
-
Une lecture difficile, sur les conseils de Jocelyn, commencé plusieurs fois il y a un an peut-être, et constamment abandonné depuis. Le début du livre est particulièrement ingrat : 100 pages de présentation des différents invités de José Almayo, dictateur d’un pays d’Amérique du sud non précisé mais qui pourrait être le Salvador ou le Nicaragua. Ça décolle une première fois quand la maîtresse américaine du dictateur rejoint les invités mais 30 pages plus tard José Almayo fait fusiller tout le monde. Là on se dit « merci merci c’était bien la peine de se faire chier » mais en fait c’est là que ça démarre : l’histoire de José Almayo, un indien qui voulait devenir torero.
S’il les fait fusiller, c’est pour, prétend-il, provoquer une intervention de l’armée américaine réprimant la révolution étudiante qui prétend le chasser : sa propre mère et sa petite amie américaine figurant parmi les fusillés, personne ne pourra le soupçonner d’avoir donné l’ordre… Mais derrière cet argument logique et machiavélique se cache un inavouable pacte avec le diable. José Almayo a la foi : en s’appliquant à avoir une conduite particulièrement mauvaise, il s’attire la protection d’El Senor. Il a bien retenu le message des jésuites : ce monde est corrompu et favorise le règne des méchants. Alors il est très méchant et parvient ainsi à se hisser au pouvoir et quand il le sent vaciller, il est encore plus méchant. Pour se rassurer, il lui faut des preuves que le surnaturel existe, aussi est-il friand de saltimbanques et magiciens, qui parviennent à conforter sa naïveté et sa superstition quelques instants, même si les ficelles finissent toujours par apparaître. Le hic, c’est sa petite amie américaine, qui est une sainte et le pousse à ne faire que des conneries (entendre : de bonnes actions) et il n’ose pas la buter de peur qu’elle aille directement au paradis et là intercède pour lui, ce qui jouerait en sa défaveur vis-à-vis d’El Senor.
C’est vraiment un bouquin cruel pour le genre humain, un ramassis de saltimbanques, essentiellement désireux de continuer à vivre dans l’illusion et la superstition, se raccrochant aux branches pour continuer à croire. Et le peuple n’aime que ceux qui sont vraiment méchants et méprisants avec lui : toujours l’obligation de faire rêver, interdiction de se mettre au niveau du commun.
Toute une galerie de personnages, chacun travaillé par sa propre obsession. Les différents délires obsessionnels (ex le hongrois qui peut jouer du violon miniature sur la tête pendant 18 heures…) laissent libre cours à l’humour d’exagération de l’auteur, plein de cruauté. La contrepartie de ce caractère obsessionnel est un style très répétitif à l’effet un peu hypnotique, voire un peu soporifique avec naturellement quand même (c’est Romain Gary) des phrases brillantissimes à intervalles réguliers. On s’endort souvent à la lecture, qu’on interrompt donc régulièrement, mais c’est un livre auquel on continue de penser lorsqu’on ne le lit pas. Parce qu’au-delà de la caricature, il y a du vrai, du paradoxal qui interroge, sur le beau gâchis que représente l’humanité.
Pour finir un petit exemple : Almayo et ses proches arrivent à fuir la capitale en prenant en otage la fille de l’ambassadeur espagnol, qui est une ibère magnifique de froideur et de fierté. Radetzky, un journaliste norvégien qui se fait passer pour un ancien nazi et a de ce fait gagné l’amitié d’Almayo (qui a une admiration sans borne pour Hitler), en tombe instantanément amoureux. José se fout de sa gueule : pourquoi il la viole pas ? Non seulement il ne la viole pas mais préfère même ne pas lui adresser la parole, se doutant qu’elle est insignifiante. Il préfère continuer à croire et à rêver.
Une lecture difficile, sur les conseils de Jocelyn, commencé plusieurs fois il y a un an peut-être, et constamment abandonné depuis. Le début du livre est particulièrement ingrat : 100 pages de présentation des différents invités de José Almayo, dictateur d’un pays d’Amérique du sud non précisé mais qui pourrait être le Salvador ou le Nicaragua. Ça décolle une première fois quand la maîtresse américaine du dictateur rejoint les invités mais 30 pages plus tard José Almayo fait fusiller tout le monde. Là on se dit « merci merci c’était bien la peine de se faire chier » mais en fait c’est là que ça démarre : l’histoire de José Almayo, un indien qui voulait devenir torero.
S’il les fait fusiller, c’est pour, prétend-il, provoquer une intervention de l’armée américaine réprimant la révolution étudiante qui prétend le chasser : sa propre mère et sa petite amie américaine figurant parmi les fusillés, personne ne pourra le soupçonner d’avoir donné l’ordre… Mais derrière cet argument logique et machiavélique se cache un inavouable pacte avec le diable. José Almayo a la foi : en s’appliquant à avoir une conduite particulièrement mauvaise, il s’attire la protection d’El Senor. Il a bien retenu le message des jésuites : ce monde est corrompu et favorise le règne des méchants. Alors il est très méchant et parvient ainsi à se hisser au pouvoir et quand il le sent vaciller, il est encore plus méchant. Pour se rassurer, il lui faut des preuves que le surnaturel existe, aussi est-il friand de saltimbanques et magiciens, qui parviennent à conforter sa naïveté et sa superstition quelques instants, même si les ficelles finissent toujours par apparaître. Le hic, c’est sa petite amie américaine, qui est une sainte et le pousse à ne faire que des conneries (entendre : de bonnes actions) et il n’ose pas la buter de peur qu’elle aille directement au paradis et là intercède pour lui, ce qui jouerait en sa défaveur vis-à-vis d’El Senor.
C’est vraiment un bouquin cruel pour le genre humain, un ramassis de saltimbanques, essentiellement désireux de continuer à vivre dans l’illusion et la superstition, se raccrochant aux branches pour continuer à croire. Et le peuple n’aime que ceux qui sont vraiment méchants et méprisants avec lui : toujours l’obligation de faire rêver, interdiction de se mettre au niveau du commun.
Toute une galerie de personnages, chacun travaillé par sa propre obsession. Les différents délires obsessionnels (ex le hongrois qui peut jouer du violon miniature sur la tête pendant 18 heures…) laissent libre cours à l’humour d’exagération de l’auteur, plein de cruauté. La contrepartie de ce caractère obsessionnel est un style très répétitif à l’effet un peu hypnotique, voire un peu soporifique avec naturellement quand même (c’est Romain Gary) des phrases brillantissimes à intervalles réguliers. On s’endort souvent à la lecture, qu’on interrompt donc régulièrement, mais c’est un livre auquel on continue de penser lorsqu’on ne le lit pas. Parce qu’au-delà de la caricature, il y a du vrai, du paradoxal qui interroge, sur le beau gâchis que représente l’humanité.
Pour finir un petit exemple : Almayo et ses proches arrivent à fuir la capitale en prenant en otage la fille de l’ambassadeur espagnol, qui est une ibère magnifique de froideur et de fierté. Radetzky, un journaliste norvégien qui se fait passer pour un ancien nazi et a de ce fait gagné l’amitié d’Almayo (qui a une admiration sans borne pour Hitler), en tombe instantanément amoureux. José se fout de sa gueule : pourquoi il la viole pas ? Non seulement il ne la viole pas mais préfère même ne pas lui adresser la parole, se doutant qu’elle est insignifiante. Il préfère continuer à croire et à rêver.
samedi 4 septembre 2004
Poupées crevées, Martin Amis, Paris, 4 septembre 2004
-
Les prémices du post punk littéraire, sorte d’équivalent livresque d’Orange mécanique, exploration du cul-de-sac de la libération hippie, sexuelle et droguée. C’est fort que le bouquin ait été écrit en 1975 parce que souvent on dirait un livre écrit cette année, un bilan avec le recul nécessaire de l’émancipation morale des années 60.
Le bouquin est la narration d’un week end chez Quentin Villiers au presbytère d’Appleseed, où il vit semble t-il depuis quelques mois avec Célia sa femme, son pote viril et violent Andy Adorno et sa copine Diana ; les autres invités permanents sont Giles, alcoolique et richissime, et Keith Whitehead, nabot ignoble, puant et malheureux. Pour le week end arrivent trois américains frappés, Maxwell, Roxeanne qui veut baiser tout ce qui bouge, et Skip, petit homme de main ramassé sur la route. Lucy, une pute, complète le tableau. Le personnage central, c’est Keith, qui a décidé de se suicider s’il ne parvient pas à baiser avant la fin du week end. Week end consacré à ingurgiter des quantités astronomiques d’alcool et de drogue, à parler quasi exclusivement de cul et, si ma mémoire est bonne, à ne pas baiser du tout en dépit de multiples tentatives.
En gros tout est mort, le cul est mort, tout ça c’est des poupées crevées. La plupart des personnages, flingués par leur enfance, pensent surtout à crever vite fait, et parfois se suicident. Il y a bien Quentin et Célia qui s’aiment pour de bon, et pour lesquels l’amour semble salvateur, mais Quentin trucide tout le monde à la fin en commençant par Célia, rattrapé par son double schizophrène Johnny pour avoir été trop aimable et délicieux sous le nom de Quentin.
Le style, tout en exagération et en outrance, est rigolo et les personnages sont caricaturaux mais attachants. Pour le reste, se reporter au dos de couverture qui offre un très bon résumé.
Les prémices du post punk littéraire, sorte d’équivalent livresque d’Orange mécanique, exploration du cul-de-sac de la libération hippie, sexuelle et droguée. C’est fort que le bouquin ait été écrit en 1975 parce que souvent on dirait un livre écrit cette année, un bilan avec le recul nécessaire de l’émancipation morale des années 60.
Le bouquin est la narration d’un week end chez Quentin Villiers au presbytère d’Appleseed, où il vit semble t-il depuis quelques mois avec Célia sa femme, son pote viril et violent Andy Adorno et sa copine Diana ; les autres invités permanents sont Giles, alcoolique et richissime, et Keith Whitehead, nabot ignoble, puant et malheureux. Pour le week end arrivent trois américains frappés, Maxwell, Roxeanne qui veut baiser tout ce qui bouge, et Skip, petit homme de main ramassé sur la route. Lucy, une pute, complète le tableau. Le personnage central, c’est Keith, qui a décidé de se suicider s’il ne parvient pas à baiser avant la fin du week end. Week end consacré à ingurgiter des quantités astronomiques d’alcool et de drogue, à parler quasi exclusivement de cul et, si ma mémoire est bonne, à ne pas baiser du tout en dépit de multiples tentatives.
En gros tout est mort, le cul est mort, tout ça c’est des poupées crevées. La plupart des personnages, flingués par leur enfance, pensent surtout à crever vite fait, et parfois se suicident. Il y a bien Quentin et Célia qui s’aiment pour de bon, et pour lesquels l’amour semble salvateur, mais Quentin trucide tout le monde à la fin en commençant par Célia, rattrapé par son double schizophrène Johnny pour avoir été trop aimable et délicieux sous le nom de Quentin.
Le style, tout en exagération et en outrance, est rigolo et les personnages sont caricaturaux mais attachants. Pour le reste, se reporter au dos de couverture qui offre un très bon résumé.
samedi 21 août 2004
Bubble Gum, Lolita Pille, Paris, 21 août 2004
-
Pour son deuxième roman, Lolita porte toujours aussi bien son nom et plagie cette fois quasi ouvertement Ellis, Glamourama en particulier. Narration croisée entre Derek et Manon, avec le nom du locuteur en majuscule au début des chapitres comme dans les Lois de l’attraction. Derek est milliardaire et s’ennuie. Manon est une plouc de province qui rêve de cinéma. Derek décide de détruire quelqu’un et choisit Manon. Pendant un an et demi il lui fait croire qu’elle devient un top model planétaire et une actrice adulée, en embauchant tous les figurants et sosies nécessaires, en créant de faux journaux, etc… et puis la renvoie d’un coup sec à sa condition de nobody en faisant en sorte qu’elle croie qu’elle a rêvé tout ça et qu’elle est complètement schizo, et pour finir la pousse au suicide. Mais Derek était en fait à son insu le héros d’une émission de télé-réalité et juste quand elle va se suicider, le producteur de l’émission met Manon sur la piste de la supercherie dont elle a été victime, du coup elle retrouve Derek et le bute, mais au montage ce sera maquillé comme de la légitime défense. Du coup Manon n’a plus rien à craindre de la police, et en prime devient vraiment une star car l’émission cartonne. Voilà (hommage à Frédéric Beigbéder en postface).
Ca tient pas une seconde, en particulier à cause du rôle de Silsi, collègue stupide de Manon, beaucoup trop fashion victim pour être capable de duplicité et de discrétion. Donc globalement c’est pas une réussite (même si ça se lit agréablement). En revanche c’est toujours aussi impressionnant question références culturelles et connaissance du milieu. Et pleins de critiques acerbes de notre monde et de notre France qui sonnent justes. Comme pour son premier roman, Lolita Pille promet mais le diamant reste à polir, et on peut peut-être regretter que son éditeur ne se montre pas plus exigeant avec elle en l’obligeant à travailler ses textes plus longtemps avant de les publier. À suivre donc.
Pour son deuxième roman, Lolita porte toujours aussi bien son nom et plagie cette fois quasi ouvertement Ellis, Glamourama en particulier. Narration croisée entre Derek et Manon, avec le nom du locuteur en majuscule au début des chapitres comme dans les Lois de l’attraction. Derek est milliardaire et s’ennuie. Manon est une plouc de province qui rêve de cinéma. Derek décide de détruire quelqu’un et choisit Manon. Pendant un an et demi il lui fait croire qu’elle devient un top model planétaire et une actrice adulée, en embauchant tous les figurants et sosies nécessaires, en créant de faux journaux, etc… et puis la renvoie d’un coup sec à sa condition de nobody en faisant en sorte qu’elle croie qu’elle a rêvé tout ça et qu’elle est complètement schizo, et pour finir la pousse au suicide. Mais Derek était en fait à son insu le héros d’une émission de télé-réalité et juste quand elle va se suicider, le producteur de l’émission met Manon sur la piste de la supercherie dont elle a été victime, du coup elle retrouve Derek et le bute, mais au montage ce sera maquillé comme de la légitime défense. Du coup Manon n’a plus rien à craindre de la police, et en prime devient vraiment une star car l’émission cartonne. Voilà (hommage à Frédéric Beigbéder en postface).
Ca tient pas une seconde, en particulier à cause du rôle de Silsi, collègue stupide de Manon, beaucoup trop fashion victim pour être capable de duplicité et de discrétion. Donc globalement c’est pas une réussite (même si ça se lit agréablement). En revanche c’est toujours aussi impressionnant question références culturelles et connaissance du milieu. Et pleins de critiques acerbes de notre monde et de notre France qui sonnent justes. Comme pour son premier roman, Lolita Pille promet mais le diamant reste à polir, et on peut peut-être regretter que son éditeur ne se montre pas plus exigeant avec elle en l’obligeant à travailler ses textes plus longtemps avant de les publier. À suivre donc.
mardi 17 août 2004
Demande à la poussière, John Fante, Paris, 17 août 2004
-
Une bombe absolue, pas seulement un chef d’œuvre, une magie qui opère. Tout est réussi, même la couverture de l’édition de poche est superbe. Court, ramassé, mais plein, avec un style « qui remue la chair et passe prés de l’os » (de mémoire).
Arturo Bandini, double de John Fante, fils d’immigrés italiens installés au Colorado, débarque à Los Angeles avec les quelques dollars de sa première nouvelle publiée et prend une chambre d’hôtel pour travailler à devenir un grand écrivain. Il n’a pas une thune et ne connaît quasiment personne, se rattrape par les couilles à chaque fois qu’il n’a vraiment plus rien et qu’il est à deux doigts de s’en retourner dans son Colorado en recevant les subsides d’Hackmuth, son éditeur adoré. Et aussi il est puceau et pas trop dégourdi avec les gonzesses. Un soir Camilla Lopez lui sert un mauvais café, payé avec sa dernière pièce. Il agresse la serveuse avec la dernière méchanceté et en tombe ce faisant définitivement amoureux. Comme la méchanceté est un piège à gonzesses, elle lui donne sa chance sur la plage peu après, mais il ne peut la saisir car il ne remet pas la main sur sa « passion ». De là succession de chassés croisés amoureux, Camilla étant masochistement amoureuse de Sammy le barman, un affreux salaud qui finira par la suicider dans le désert. Et pendant ce temps-là, Arturo devient effectivement grand écrivain.
Arturo Bandini est trop cool, fier, généreux, méchant, maladroit, réellement bourré de talent littéraire, mégalo complexé et libre, heureux, sachant kiffer, exigeant avec lui-même mais sans s’accabler. Et Camilla est la beauté même, d’une gentillesse totale et en même temps dangereuse. Elle fait son malheur avec application en s’entichant d’un enfoiré qui la rejette. Peut-être juste une question d’adéquation sexuelle ? Sammy matche et pas Arturo ?
Tout simple et puissant : deux personnages et demi, trois avec la figure de l’éditeur, trois et demi avec Hellfrick, sa gnole et ses steaks coupés à même la vache, et ça coule de source, ça tient debout tout seul, ça existe.
Je me demande pourquoi je kiffe tellement cette littérature américaine de la 1ère moitié du 20ème siècle (Fitzgerald, Capote, Dos Passos, Salinger…), peut-être parce qu’il y a de la finesse mais pas de second degré, de l’humour mais pas d’effet comique, de la tendresse mais pas de complaisance, de la hargne, de la rage, de la classe. Et je me demande, aussi, pourquoi les figures de femmes belles, intelligentes et merveilleusement sensibles qui s’acharnent à construire leur propre ruine m’émeuvent à ce point (comme Jenny dans Forrest Gump).
Une bombe absolue, pas seulement un chef d’œuvre, une magie qui opère. Tout est réussi, même la couverture de l’édition de poche est superbe. Court, ramassé, mais plein, avec un style « qui remue la chair et passe prés de l’os » (de mémoire).
Arturo Bandini, double de John Fante, fils d’immigrés italiens installés au Colorado, débarque à Los Angeles avec les quelques dollars de sa première nouvelle publiée et prend une chambre d’hôtel pour travailler à devenir un grand écrivain. Il n’a pas une thune et ne connaît quasiment personne, se rattrape par les couilles à chaque fois qu’il n’a vraiment plus rien et qu’il est à deux doigts de s’en retourner dans son Colorado en recevant les subsides d’Hackmuth, son éditeur adoré. Et aussi il est puceau et pas trop dégourdi avec les gonzesses. Un soir Camilla Lopez lui sert un mauvais café, payé avec sa dernière pièce. Il agresse la serveuse avec la dernière méchanceté et en tombe ce faisant définitivement amoureux. Comme la méchanceté est un piège à gonzesses, elle lui donne sa chance sur la plage peu après, mais il ne peut la saisir car il ne remet pas la main sur sa « passion ». De là succession de chassés croisés amoureux, Camilla étant masochistement amoureuse de Sammy le barman, un affreux salaud qui finira par la suicider dans le désert. Et pendant ce temps-là, Arturo devient effectivement grand écrivain.
Arturo Bandini est trop cool, fier, généreux, méchant, maladroit, réellement bourré de talent littéraire, mégalo complexé et libre, heureux, sachant kiffer, exigeant avec lui-même mais sans s’accabler. Et Camilla est la beauté même, d’une gentillesse totale et en même temps dangereuse. Elle fait son malheur avec application en s’entichant d’un enfoiré qui la rejette. Peut-être juste une question d’adéquation sexuelle ? Sammy matche et pas Arturo ?
Tout simple et puissant : deux personnages et demi, trois avec la figure de l’éditeur, trois et demi avec Hellfrick, sa gnole et ses steaks coupés à même la vache, et ça coule de source, ça tient debout tout seul, ça existe.
Je me demande pourquoi je kiffe tellement cette littérature américaine de la 1ère moitié du 20ème siècle (Fitzgerald, Capote, Dos Passos, Salinger…), peut-être parce qu’il y a de la finesse mais pas de second degré, de l’humour mais pas d’effet comique, de la tendresse mais pas de complaisance, de la hargne, de la rage, de la classe. Et je me demande, aussi, pourquoi les figures de femmes belles, intelligentes et merveilleusement sensibles qui s’acharnent à construire leur propre ruine m’émeuvent à ce point (comme Jenny dans Forrest Gump).
Inscription à :
Articles (Atom)