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Achèverai-je un jour l’assommant Clausewitz ? À force d’entendre Houellebecq se répandre et invoquer Schopenhauer, l’excitation de lire le dernier Houellebecq m’a passé, remplacée par une curiosité pour Schopenhauer, que par ailleurs Beigbéder citait parmi les diaristes qui l’avaient inspiré. Renseignement pris, Le monde comme volonté et comme représentation n’a rien d’un journal (où l’on retrouve la dilettance qui fait tout le charme de Beigbéder) et tout d’un énorme pavé à faire pâlir un moins scolastique. J’ai donc opté pour le résumé vulgarisateur proposé par Clément Rosset et je m’en réjouis grandement. La lecture est plaisante en dépit de certains passages escarpés, l’analyse est élogieuse mais rigoureuse, concise mais complète, et ouvre de vastes perspectives.
Schopenhauer est un précurseur, de Nietzsche, de Freud et de Marx, sorte de créateur de l’anti-humanisme. Il a selon Clément Rosset fait preuve d’une grande maladresse de formulation et n’a pas su exploiter ses immenses intuitions, se situant en successeur de Kant alors qu’il en détruisait les préceptes fondamentaux. Son apport essentiel est celui d’une conception généalogique de la philosophie, qui revient à rechercher la motivation, ou le but poursuivi, par une idée ou plutôt par celui qui l’énonce ou celui qui l’adopte. S’en suivent deux constats majeurs :
1. Les liens de causalité avancés pour expliquer l’ordre des choses n’expliquent en fait jamais rien, pour la bonne raison qu’il n’y a pas de cause finale. L’imposture habituelle consiste à persuader ou à se persuader qu’en expliquant un bout on a fait le tour de la question alors que le mystère reste entier.
2. Cette satisfaction facile permet simplement à l’homme de limiter l’étonnement perpétuel qu’il devrait avoir de toute chose, d’où la mise à jour d’un subterfuge inconscient permettant de ne pas avoir à affronter l’absence de finalité du monde.
Cette « fonctionnalité » des raisonnements humains est la grande découverte, que le docteur Freud exploitera plus tard en citant nommément Schopenhauer sur certains points. J’étais d’ailleurs frappé par l’assertion de Schopenhauer selon laquelle la santé mentale d’un individu peut se jauger à sa mémoire, les choses qu’il oublie étant celles qu’il n’a pas la force d’affronter. J’ai du souci à me faire…
La pierre angulaire de Schopenhauer, qui rejoint la folie en ce qu’elle est un présupposé dont découle tout le reste, est que l’absence de finalité connaissable du monde devient une absence de finalité radicale : le mode n’a aucun sens, mais il a une unité profonde, manifeste dans son organisation. De là l’absurdité du monde : toute chose a une cause nécessaire, mais aucune raison ultime ne justifie l’ensemble. Dès lors pourquoi voulons-nous ? Pourquoi acceptons-nous ce jeu de dupes ? C’est le désir lui-même qui est absurde : nous savons que nous ne tirerons pas de satisfaction de sa réalisation, ou dans le meilleur des cas une satisfaction partielle et fugace, et nous mettons tout de même tout en œuvre pour nous plier à cet impératif incompréhensible, incarné par exemple de façon particulièrement accomplie dans le désir de procréation. Il nous faut bien reconnaître finalement que nous ne sommes pas plus libres qu’un arbre ou un caillou et que nous ne faisons comme eux qu’obéir à la Volonté, principe sans cause organisateur du monde. Nous croyons être libres parce que nous envisageons des possibilités, mais une seule de celles que nous envisageons est réellement possible. Là où nous croyons vouloir, nous ne faisons que nous soumettre à la Volonté. Ainsi Schopenhauer écrit dans son Essai sur le libre-arbitre : « Spinoza dit (épître 62) qu’une pierre lancée par quelqu’un dans l’espace, si elle était douée de conscience, pourrait s’imaginer qu’elle ne fait en cela qu’obéir à sa volonté. Moi j’ajoute que la pierre aurait raison. » La particularité de l’homme, c’est la connaissance des tendances qui l’agitent, mais cela ne signifie pas qu’il ait un pouvoir sur elles : « le caractère, c’est-à-dire la somme de toutes les volontés de la personne, est donc le lieu de la nécessité qui l’enchaîne au Vouloir. » C’est finalement l’individu que Schopenhauer remet en cause : pas de liberté, pas de devenir, mais l’éternel retour du même, par-delà la mort de chacun qui en quelque sorte est déjà advenue. C’est ici que l’on rejoint Houellebecq et sa passion pour le clonage, ou sa colère contre la douleur qui « va très au-delà de sa fonction de stimulus ».
Schopenhauer s’explique finalement par une colère contre l’inconnaissable, en réaction notamment contre Leibniz qui choisit face au même mystère de dormir tranquille. Passionnante dans sa radicalité, cette pensée reste totalement inétayée et fantasme l’inconnaissable à partir de l’hypothèse : et s’il n’y avait tout simplement rien ?
vendredi 30 septembre 2005
dimanche 18 septembre 2005
Les dépossédés, Robert Mc Liam Wilson et Donovan Wylie, La Réunion, 18 septembre 2005
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Nouvelle interruption de Clausewitz, qui freine décidément le rythme de lecture, pour un cas d’urgence : la parution d’un nouveau livre de Mc Liam Wilson, que je tiens pour un de mes héros contemporains (avec Betrand Cantat et Gabriel Heinze), sans être tout à fait sur qu’il y ait une raison à cela plus valable qu’une autre.
Il s’agit en fait d’un fond de tiroir, publié comme La douleur de Manfred en 1992 en Angleterre, quatre ans après Ripley Bogle et quatre ans avant Eurêka street, mais jamais traduit jusqu’ici. Et de fait l’auteur qualifie lui-même son livre d’échec, et au mieux de livre sur l’échec, et c’est effectivement un livre raté.
L’auteur et un jeune camarade photographe, Donovan Wylie, projettent une immersion dans la pauvreté à Londres, Glasgow et Belfast, afin de témoigner de ce qu’ils verront. Les photos de Donovan Wylie, certes mal rendues par le format et le grain de l’impression, me semblent à quelques exceptions prés d’une grande immaturité, marquée par une retenue exagérée qui étrangement ne masque pas un parti pris misérabiliste. On sent le jeune adulé un peu vite, qui s’est crû génial, et qui redescend dans la douleur avec ce projet. Mc Liam Wilson ne s’en tire pas beaucoup mieux. On sent qu’il a vécu des rencontres extraordinaires (tout comme Donovan Wylie), il en restitue avec brio certaines séquences, mais il s’empêtre aussi au passage dans des théories du complot, ou peu s’en faut, des incantations morales répétitives, des credo politiques des plus naïfs et en définitive un foutu bordel sans autre cohérence que le ressenti et le débordement de l’auteur tel qu’il a bien voulu se donner la peine de le gérer. Enfin, et peut-être surtout, l’échange entre les deux auteurs semble être tombé complètement à plat. Les photos ne collent pas au texte, ni inversement et, à mon avis, ni dans les sujets, ni dans la démarche. Wylie cherche un sujet difficile pour tester son talent, alors que Mc Liam Wilson semble essayer de se dégager de la culpabilité de sa réussite d’écrivain. Non que les deux ne soient pas sincères dans leur sentiment de révolte mais visiblement ils ne se sont pas mis d’accord sur la traduction artistique à lui donner et ne se sont sans doute pas suffisamment interrogé sur leur démarche.
Reste que la lecture de Mc Liam Wilson est toujours un grand plaisir. J’en aurais bien, malgré tous ces défauts, lu 200 pages de plus. Il y a ce goût particulier, une ironie omniprésente alliée au flegme britannique, souvent exprimée par des juxtapositions vocabulistiques incongrues et savoureuses.
Nouvelle interruption de Clausewitz, qui freine décidément le rythme de lecture, pour un cas d’urgence : la parution d’un nouveau livre de Mc Liam Wilson, que je tiens pour un de mes héros contemporains (avec Betrand Cantat et Gabriel Heinze), sans être tout à fait sur qu’il y ait une raison à cela plus valable qu’une autre.
Il s’agit en fait d’un fond de tiroir, publié comme La douleur de Manfred en 1992 en Angleterre, quatre ans après Ripley Bogle et quatre ans avant Eurêka street, mais jamais traduit jusqu’ici. Et de fait l’auteur qualifie lui-même son livre d’échec, et au mieux de livre sur l’échec, et c’est effectivement un livre raté.
L’auteur et un jeune camarade photographe, Donovan Wylie, projettent une immersion dans la pauvreté à Londres, Glasgow et Belfast, afin de témoigner de ce qu’ils verront. Les photos de Donovan Wylie, certes mal rendues par le format et le grain de l’impression, me semblent à quelques exceptions prés d’une grande immaturité, marquée par une retenue exagérée qui étrangement ne masque pas un parti pris misérabiliste. On sent le jeune adulé un peu vite, qui s’est crû génial, et qui redescend dans la douleur avec ce projet. Mc Liam Wilson ne s’en tire pas beaucoup mieux. On sent qu’il a vécu des rencontres extraordinaires (tout comme Donovan Wylie), il en restitue avec brio certaines séquences, mais il s’empêtre aussi au passage dans des théories du complot, ou peu s’en faut, des incantations morales répétitives, des credo politiques des plus naïfs et en définitive un foutu bordel sans autre cohérence que le ressenti et le débordement de l’auteur tel qu’il a bien voulu se donner la peine de le gérer. Enfin, et peut-être surtout, l’échange entre les deux auteurs semble être tombé complètement à plat. Les photos ne collent pas au texte, ni inversement et, à mon avis, ni dans les sujets, ni dans la démarche. Wylie cherche un sujet difficile pour tester son talent, alors que Mc Liam Wilson semble essayer de se dégager de la culpabilité de sa réussite d’écrivain. Non que les deux ne soient pas sincères dans leur sentiment de révolte mais visiblement ils ne se sont pas mis d’accord sur la traduction artistique à lui donner et ne se sont sans doute pas suffisamment interrogé sur leur démarche.
Reste que la lecture de Mc Liam Wilson est toujours un grand plaisir. J’en aurais bien, malgré tous ces défauts, lu 200 pages de plus. Il y a ce goût particulier, une ironie omniprésente alliée au flegme britannique, souvent exprimée par des juxtapositions vocabulistiques incongrues et savoureuses.
mercredi 10 août 2005
L’égoïste romantique, Frédéric Beigbeder, Caromb, 10 août 2005
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Livre commencé à l’envers, par une sieste lecture des soixante dernières pages par C., fort agréable… Finalement repris depuis le début ; au bord d’une piscine, difficile pour Clausewitz de rivaliser avec Beigbeder et ses plaisirs faciles.
Il s’agit du journal intime d’Oscar Dufrenne (alias FB) publié semaine après semaine dans VSD. On se doute que c’est en partie romancé, en partie seulement, d’ailleurs j’ai le vague souvenir d’être tombé sur ce journal dans VSD. La vie de Beigbeder est divertissante : excès nocturnes à base d’alcool, de drogue et de baise, mondanités au restaurant, bons mots entre amis snobs, visites express des night-clubs branchés de diverses capitales, inaugurations de night-clubs parisiens, jonglages littéraires, métaphysiques du couple, éblouissements de beauté, déprimes digestives, désastres amoureux, et tout ça avec pour seul mot d’ordre, « halte à la lourdeur ».
Le livre est à son image, léger, plein d’esprit, parfois brillant, souvent facile. A t-on le droit d’aimer ça ou est-ce salissant ? Moi j’aime bien le personnage et je prends son laxisme pour de la modestie, sans évacuer complètement l’éventualité d’une simple médiocrité. En tout cas c’est son livre le plus réussi, sans doute parce que la forme du journal est celle qui correspond le mieux à son talent de bavardage. Du coup je note les recommandations d’Oscar Dufrenne en la matière : Journal de Jules Renard et Kafka, Le monde comme volonté et représentation de Schopenhauer, Papiers collés de Perros et le Livre de l’intranquillité de Pessoa.
Livre commencé à l’envers, par une sieste lecture des soixante dernières pages par C., fort agréable… Finalement repris depuis le début ; au bord d’une piscine, difficile pour Clausewitz de rivaliser avec Beigbeder et ses plaisirs faciles.
Il s’agit du journal intime d’Oscar Dufrenne (alias FB) publié semaine après semaine dans VSD. On se doute que c’est en partie romancé, en partie seulement, d’ailleurs j’ai le vague souvenir d’être tombé sur ce journal dans VSD. La vie de Beigbeder est divertissante : excès nocturnes à base d’alcool, de drogue et de baise, mondanités au restaurant, bons mots entre amis snobs, visites express des night-clubs branchés de diverses capitales, inaugurations de night-clubs parisiens, jonglages littéraires, métaphysiques du couple, éblouissements de beauté, déprimes digestives, désastres amoureux, et tout ça avec pour seul mot d’ordre, « halte à la lourdeur ».
Le livre est à son image, léger, plein d’esprit, parfois brillant, souvent facile. A t-on le droit d’aimer ça ou est-ce salissant ? Moi j’aime bien le personnage et je prends son laxisme pour de la modestie, sans évacuer complètement l’éventualité d’une simple médiocrité. En tout cas c’est son livre le plus réussi, sans doute parce que la forme du journal est celle qui correspond le mieux à son talent de bavardage. Du coup je note les recommandations d’Oscar Dufrenne en la matière : Journal de Jules Renard et Kafka, Le monde comme volonté et représentation de Schopenhauer, Papiers collés de Perros et le Livre de l’intranquillité de Pessoa.
dimanche 24 juillet 2005
Je crois, moi non plus, Frédéric Beigbeder, Monseigneur Di Falco, TGV Avignon – Paris, 24 juillet 2005
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Lecture de piscine distrayante mais sans intérêt, si ce n’est dans le questionnement. Di Falco était le professeur de Beigbeder et ils se sont retrouvés trois ans durant (deux fois ?) pour discuter de la foi et de l’église. Je ne partage pas l’athéisme matérialiste de Beigbeder (et on a souvent l’impression que lui non plus…) mais en revanche ses critiques de l’église sont les miennes depuis longtemps : célibat des prêtres, ordonnation des femmes, contraception, avortement, euthanansie, rituel de la messe, … En face de quoi Di Falco récite son catéchisme, ce qui n’a rien de passionnant ni d’instructif.
Beigbeder sauve les meubles par son esprit badin et ses citations tout azimut avec une prédilection pour Matrix, où Neo incarne à ses yeux le nouveau retour de Jésus-Christ superstar.
Lecture de piscine distrayante mais sans intérêt, si ce n’est dans le questionnement. Di Falco était le professeur de Beigbeder et ils se sont retrouvés trois ans durant (deux fois ?) pour discuter de la foi et de l’église. Je ne partage pas l’athéisme matérialiste de Beigbeder (et on a souvent l’impression que lui non plus…) mais en revanche ses critiques de l’église sont les miennes depuis longtemps : célibat des prêtres, ordonnation des femmes, contraception, avortement, euthanansie, rituel de la messe, … En face de quoi Di Falco récite son catéchisme, ce qui n’a rien de passionnant ni d’instructif.
Beigbeder sauve les meubles par son esprit badin et ses citations tout azimut avec une prédilection pour Matrix, où Neo incarne à ses yeux le nouveau retour de Jésus-Christ superstar.
lundi 18 juillet 2005
L’art de la guerre, Sun Tzu, vol Saint-Denis de la Réunion - Paris, 18 juillet 2005
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Petite lecture sur les conseils de Bob Dylan himself : comment briller en société sans mentir (on l’a lu) mais sans effort (c’est peu de chose). Les « treize chapitres » regroupent en fait une centaine de pages de lieux communs et de bons conseils (du type : « il est préférable d’avoir un bon général ») dont on peine à dégager une idée maîtresse si ce n’est celle de l’adaptabilité perpétuelle au changement comme première vertu militaire. La distinction entre force Ch’eng (attaque frontale) et force Ch’i (attaque surprise) ne va finalement pas très loin, si ce n’est que les deux sont nécessaires à la victoire et que l’une fait l’efficacité de l’autre et inversement.
La principale innovation de Sun Tzu consiste, à la façon de Machiavel pour la politique, à exprimer l’idée que la guerre est normale, récurrente et rationnelle. Mieux vaut s’y préparer, et pour cela il en aborde tous les aspects de façon très exhaustive : stratégie, armée, organisation, terrain, économie, météo, services secrets, etc…
Finalement le principal charme de ce bouquin écrit vers 400 avant Jésus-Christ est son introduction rédigée il y a moins d’un demi-siècle : moult histoires de décapitations collectives pour les motifs les plus fantaisistes au temps des Royaumes combattants ou lors de la période Printemps et automne, avec en prime l’incidence de Sun Tzu sur Mao et la stratégie de l’armée rouge à l’époque de la Longue marche.
Petite lecture sur les conseils de Bob Dylan himself : comment briller en société sans mentir (on l’a lu) mais sans effort (c’est peu de chose). Les « treize chapitres » regroupent en fait une centaine de pages de lieux communs et de bons conseils (du type : « il est préférable d’avoir un bon général ») dont on peine à dégager une idée maîtresse si ce n’est celle de l’adaptabilité perpétuelle au changement comme première vertu militaire. La distinction entre force Ch’eng (attaque frontale) et force Ch’i (attaque surprise) ne va finalement pas très loin, si ce n’est que les deux sont nécessaires à la victoire et que l’une fait l’efficacité de l’autre et inversement.
La principale innovation de Sun Tzu consiste, à la façon de Machiavel pour la politique, à exprimer l’idée que la guerre est normale, récurrente et rationnelle. Mieux vaut s’y préparer, et pour cela il en aborde tous les aspects de façon très exhaustive : stratégie, armée, organisation, terrain, économie, météo, services secrets, etc…
Finalement le principal charme de ce bouquin écrit vers 400 avant Jésus-Christ est son introduction rédigée il y a moins d’un demi-siècle : moult histoires de décapitations collectives pour les motifs les plus fantaisistes au temps des Royaumes combattants ou lors de la période Printemps et automne, avec en prime l’incidence de Sun Tzu sur Mao et la stratégie de l’armée rouge à l’époque de la Longue marche.
jeudi 7 juillet 2005
Marie-Antoinette, Stefan Zweig, Sifnos, 7 juillet 2005
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Bouquin survolé mais instructif à plus d’un titre, d’abord parce que j’ignorais que Zweig avait multiplié les biographies, ensuite pour la démarche : il s’agit d’un manifeste. Zweig part du postulat que Marie-Antoinette est une personne normale, lambda, en dépit de son destin historique, et que ce sont seulement les récupérations politiques successives des républicains puis de la Restauration qui en ont fait à tort une manipulatrice démoniaque ou la victime pleine de bonté d’une affreuse injustice. Cette obsession de la normalité dans une biographie a quelque chose de contrariant : il n’y a plus de place pour le mystère, les révoltes, la complexité… sans parler du poids qu’on accorde aux épisodes rapportés par un type, aussi brillant soit-il, qui arrive 100 après et prétend utiliser l’histoire pour défendre l’importance de la psychologie. Ce n’est qu’une occasion de plus de constater les rapports ambigus que la psychologie entretient avec la normalité.
L’anecdote suivante est à la fois amusante et typique de la démarche normalisatrice de Zweig : quand Marie-Antoinette arrive en France, le mariage met 6 ans à être consommé. Toute la cour pense Louis XVI impuissant et se gausse. Finalement un médecin se rend compte que la difficulté vient, si j’ai bien compris, de ce que le frein royal est trop court, ne permettant pas à la bite de sa majesté de décalotter. Après une petite opération, les choses rentrent dans l’ordre, la Reine tombe enceinte mais le mal est fait, explique Zweig. On ne reste pas impunément six années sans honorer une femme, sans que cela n’ait de conséquences sur le couple. La Reine n’a plus de respect pour le Roi, et le Roi ne se permet plus d’asseoir son autorité, sur la Reine d’abord, puis par ricochet sur la cour.
Mais pourquoi l’histoire de la calotte royale et de ses conséquences ne figurent-elles pas dans les manuels scolaires ? C’est à mon avis parce qu’elle est secondaire : c’est le caractère propre à chaque impétrant, plus que des réactions psychologiquement normales à une malformation qui explique la relation de ce couple royal. Cela étant l’éclairage est intéressant mais il y a un je ne sais quoi qui m’irrite, le côté caricatural sans doute.
Bouquin survolé mais instructif à plus d’un titre, d’abord parce que j’ignorais que Zweig avait multiplié les biographies, ensuite pour la démarche : il s’agit d’un manifeste. Zweig part du postulat que Marie-Antoinette est une personne normale, lambda, en dépit de son destin historique, et que ce sont seulement les récupérations politiques successives des républicains puis de la Restauration qui en ont fait à tort une manipulatrice démoniaque ou la victime pleine de bonté d’une affreuse injustice. Cette obsession de la normalité dans une biographie a quelque chose de contrariant : il n’y a plus de place pour le mystère, les révoltes, la complexité… sans parler du poids qu’on accorde aux épisodes rapportés par un type, aussi brillant soit-il, qui arrive 100 après et prétend utiliser l’histoire pour défendre l’importance de la psychologie. Ce n’est qu’une occasion de plus de constater les rapports ambigus que la psychologie entretient avec la normalité.
L’anecdote suivante est à la fois amusante et typique de la démarche normalisatrice de Zweig : quand Marie-Antoinette arrive en France, le mariage met 6 ans à être consommé. Toute la cour pense Louis XVI impuissant et se gausse. Finalement un médecin se rend compte que la difficulté vient, si j’ai bien compris, de ce que le frein royal est trop court, ne permettant pas à la bite de sa majesté de décalotter. Après une petite opération, les choses rentrent dans l’ordre, la Reine tombe enceinte mais le mal est fait, explique Zweig. On ne reste pas impunément six années sans honorer une femme, sans que cela n’ait de conséquences sur le couple. La Reine n’a plus de respect pour le Roi, et le Roi ne se permet plus d’asseoir son autorité, sur la Reine d’abord, puis par ricochet sur la cour.
Mais pourquoi l’histoire de la calotte royale et de ses conséquences ne figurent-elles pas dans les manuels scolaires ? C’est à mon avis parce qu’elle est secondaire : c’est le caractère propre à chaque impétrant, plus que des réactions psychologiquement normales à une malformation qui explique la relation de ce couple royal. Cela étant l’éclairage est intéressant mais il y a un je ne sais quoi qui m’irrite, le côté caricatural sans doute.
mardi 5 juillet 2005
Mon chien stupide, John Fante, Naoussa, 5 juillet 2005
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Cette fois il ne s’agit pas de Bandini et c’est beaucoup moins bien. L’histoire d’un écrivain au chomage méprisé par ses enfants qui squattent la villa californienne de Papa à son grand désespoir. Un soir il trouve un chien avachi sur sa pelouse, le recueille contre l’avis de sa femme (on se rend compte au fur et à mesure que le locuteur souffre de déviance canine assez prononcée et qu’il a eu quelques attachements excessifs par le passé), et n’aura qu’à s’en féliciter. Les diverses péripéties provoquées par le chien recueilli déboucheront en effet sur le départ, un à un, des quatre enfants et après une quasi rupture, sur les retrouvailles du couple autour d’un gros pétard.
Il y a toujours l’humour et l’ironie plaisante de Fante, mais ça prend moins quand le héros n’est pas aussi admirable que Bandini. En l’occurrence le héros du livre est une victime permanente, qui subit ses enfants, ses voisins, ses confrères, son chien et tous les fournisseurs possibles et ce jusqu’au bout du livre. Seule sa femme lui donne du respect, et encore… Du coup ces péripéties ordinaires restent légères et indifférentes, tout le contraire d’avec Bandini : un type trouve un chien, le perd et le retrouve, pendant que ses gosses prennent leur envol et qu’il doit du coup trouver un nouvel équilibre avec sa femme, ce qu’il fait. Il ne se remet pas à écrire pour autant (il est écrivain comme Bandini, peut-être est-ce un vieux Bandini, mais alors vraiment usé), il n’y a pas vraiment de conclusion. À la fin il pense à chacun de ses enfants et se met soudain à pleurer.
Cette fois il ne s’agit pas de Bandini et c’est beaucoup moins bien. L’histoire d’un écrivain au chomage méprisé par ses enfants qui squattent la villa californienne de Papa à son grand désespoir. Un soir il trouve un chien avachi sur sa pelouse, le recueille contre l’avis de sa femme (on se rend compte au fur et à mesure que le locuteur souffre de déviance canine assez prononcée et qu’il a eu quelques attachements excessifs par le passé), et n’aura qu’à s’en féliciter. Les diverses péripéties provoquées par le chien recueilli déboucheront en effet sur le départ, un à un, des quatre enfants et après une quasi rupture, sur les retrouvailles du couple autour d’un gros pétard.
Il y a toujours l’humour et l’ironie plaisante de Fante, mais ça prend moins quand le héros n’est pas aussi admirable que Bandini. En l’occurrence le héros du livre est une victime permanente, qui subit ses enfants, ses voisins, ses confrères, son chien et tous les fournisseurs possibles et ce jusqu’au bout du livre. Seule sa femme lui donne du respect, et encore… Du coup ces péripéties ordinaires restent légères et indifférentes, tout le contraire d’avec Bandini : un type trouve un chien, le perd et le retrouve, pendant que ses gosses prennent leur envol et qu’il doit du coup trouver un nouvel équilibre avec sa femme, ce qu’il fait. Il ne se remet pas à écrire pour autant (il est écrivain comme Bandini, peut-être est-ce un vieux Bandini, mais alors vraiment usé), il n’y a pas vraiment de conclusion. À la fin il pense à chacun de ses enfants et se met soudain à pleurer.
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