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Lu dans la pléiade de ma mère, achetée à La Celle Saint Cloud en 1968 et ouvert en y cherchant Le gagnant ne gagne rien, conseil de lecture introuvable de Philippe Djian, Paris est une fête (dont le titre original, a moveable feast, contredit étrangement la traduction française très marketing) est une œuvre tardive d’Hemingway sur ses jeunes années parisiennes (autour de 1925). En dépit d’un léger ridicule lié à l’insistance sur les difficultés financières (on entend les violons de la bohème d’Aznavour en fond sonore, dégoulinant, mais ça n’empêche pas l’auteur de se casser trois mois au ski dans la foulée), la lecture est amusante et instructive. Hemingway présente en quelques tableaux ses fréquentations (Gertrude Stein, Scott Fitzgerald, Ezra Pound), ses passe-temps (les courses, écrire à la Closerie des lilas, boire, faire l’amour avec sa femme) et sa recherche littéraire, avec au passage quelques conseils à lui-même et au lecteur : chercher l’ellipse, se fixer une discipline, s’arrêter le soir en laissant un fil à tirer sur la pelote pour faciliter le redémarrage le lendemain et s’interdire de penser à l’écriture dans l’intervalle.
L’auteur fait un peu son grand écrivain, se donne le beau rôle, à l’aise en toute société, âme pure, amoureux transi de sa femme (le livre finit sur sa première aventure extraconjugale qui sonne le glas de la période d’insouciance et de naïveté qui fait l’objet du livre), merveilleux ami jamais pris en défaut… La vie d’artiste qu’il mène dans ce Paris idéal est cependant bien alléchante : on craignait à l’époque de se faire traiter de miséreux lorsqu’on annonçait son adresse rue du Cardinal Lemoine , rue dans laquelle un type passait le matin avec ses chèvres et tirait le lait à ceux qui en voulaient ; il y avait des bibliothèques à l’Odéon et Paris n’était pas une espèce d’irréelle boutique géante de fringues de luxe. C’était d’après Hemingway l’endroit idéal pour écrire des livres.
lundi 25 septembre 2006
lundi 28 août 2006
Pars vite et reviens tard, Fred Vargas, Paris, 28 août 2006
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Un petit polar, une fois n’est pas coutume, et au titre accrocheur, transcription des meilleurs conseils pour éviter la peste : « cito, fuegas et tarde redeas ». C’est pas de la littérature mais l’histoire est bonne et bien amenée, intéressante avec tout ce qu’on apprend sur la peste et le réflexe de peur qui nous en reste, et débordante d’excellents personnages : le flic Adamsberg à moitié amnésique mais à l’intuition hors du commun, doux, souple, beau et indifférent, fantasme féminin absolu ; le crieur Joss le Guern, qui lit trois fois par jour sur la place Edgar Quinet les annonces qu’on met dans sa boite avec une pièce de 5 francs ; le doux Damas, faux tueur qui sème la peste, ou croit la semer, pour se venger de ceux qui ont ruiné sa vie 8 ans plus tôt ; et toute une foule de personnages plus ou moins secondaires mais dont on sent que la plupart pourrait sans difficulté être davantage mis en avant. Ça ressemble finalement beaucoup à Pennac, avec le mythe de la vie de quartier, la galerie de personnages, la femme centrale mais lointaine ou absente (la mystérieuse Camille) et le vrai héros à côté du principal personnage (Danglard, un des seuls pas tout à fait convaincants par excès de talent, et en particulier ses discours excessivement érudits sur la peste).
Dommage que ce genre de livre soit toujours un petit peu bâclé dans les finitions. L’histoire de Decambrais m’a beaucoup gêné par exemple, l’ancien prof accusé à tort de tentative de viol sur une mineure alors qu’il était intervenu pour sauver une élève de trois collégiens violeurs. Parole des collégiens contre celle du prof… la parole de la victime est passée à la trappe, ce qui n’a aucun sens, alors qu’il aurait suffi à Fred Vargas de préciser que la victime avait préféré charger le prof plutôt que ses camarades. Ça n’a pas de conséquence directe sur l’histoire mais l’auteur ressort l’anecdote en guise de conclusion, soulignant involontairement, et avec une maladresse étonnante, ses insuffisances.
Pour ce qui est de l’intrigue, impossible de la résumer sans y passer trois plombes et même si elle est bien ficelée, elle n’a pas en soi un intérêt tel qu’il faille s’en souvenir, et il n’y a pas d’astuce incroyablement ingénieuse. Ce sont vraiment les personnages et quelques ingrédients (le métier de crieur, la peste, le commissaire dans sa bulle) qui donne une coloration au bouquin et font qu’il ne s’agit pas d’un bouquin vite lu et vite oublié, même s’il est vite lu…
Un petit polar, une fois n’est pas coutume, et au titre accrocheur, transcription des meilleurs conseils pour éviter la peste : « cito, fuegas et tarde redeas ». C’est pas de la littérature mais l’histoire est bonne et bien amenée, intéressante avec tout ce qu’on apprend sur la peste et le réflexe de peur qui nous en reste, et débordante d’excellents personnages : le flic Adamsberg à moitié amnésique mais à l’intuition hors du commun, doux, souple, beau et indifférent, fantasme féminin absolu ; le crieur Joss le Guern, qui lit trois fois par jour sur la place Edgar Quinet les annonces qu’on met dans sa boite avec une pièce de 5 francs ; le doux Damas, faux tueur qui sème la peste, ou croit la semer, pour se venger de ceux qui ont ruiné sa vie 8 ans plus tôt ; et toute une foule de personnages plus ou moins secondaires mais dont on sent que la plupart pourrait sans difficulté être davantage mis en avant. Ça ressemble finalement beaucoup à Pennac, avec le mythe de la vie de quartier, la galerie de personnages, la femme centrale mais lointaine ou absente (la mystérieuse Camille) et le vrai héros à côté du principal personnage (Danglard, un des seuls pas tout à fait convaincants par excès de talent, et en particulier ses discours excessivement érudits sur la peste).
Dommage que ce genre de livre soit toujours un petit peu bâclé dans les finitions. L’histoire de Decambrais m’a beaucoup gêné par exemple, l’ancien prof accusé à tort de tentative de viol sur une mineure alors qu’il était intervenu pour sauver une élève de trois collégiens violeurs. Parole des collégiens contre celle du prof… la parole de la victime est passée à la trappe, ce qui n’a aucun sens, alors qu’il aurait suffi à Fred Vargas de préciser que la victime avait préféré charger le prof plutôt que ses camarades. Ça n’a pas de conséquence directe sur l’histoire mais l’auteur ressort l’anecdote en guise de conclusion, soulignant involontairement, et avec une maladresse étonnante, ses insuffisances.
Pour ce qui est de l’intrigue, impossible de la résumer sans y passer trois plombes et même si elle est bien ficelée, elle n’a pas en soi un intérêt tel qu’il faille s’en souvenir, et il n’y a pas d’astuce incroyablement ingénieuse. Ce sont vraiment les personnages et quelques ingrédients (le métier de crieur, la peste, le commissaire dans sa bulle) qui donne une coloration au bouquin et font qu’il ne s’agit pas d’un bouquin vite lu et vite oublié, même s’il est vite lu…
vendredi 25 août 2006
Introduction à Heidegger, Maxence Caron, Paris, 25 août 2006
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Je n’aurais pas dû m’arrêter au titre de ce petit opuscule didactique, sans lire au moins le début de la 1ère phrase du dos de couverture : « La pensée heideggerienne est une pensée plus accessible qu’il n’y paraît, pour peu que l’on veuille bien prendre au sérieux cette accessibilité même… ».
Le but de l’ouvrage est de rendre Heidegger à sa clarté et le moins qu’on puisse dire est que c’est complètement foiré. J’ai eu l’impression d’être un mongolien en pleine concentration devant un Oui-Oui sans image, ou la victime d’un canular vicieux. Peut-être est-ce simplement un exercice de poésie surréaliste, en tout cas c’est totalement imbitable à mon niveau d’heideggerien 1er échelon et je me suis découragé à la 19ème page, 19 pages pour ne retenir que la filiation de Heidegger à Kierkegaard, dont il deviendra pote après la ponte du Sein und Zeit.
Je vais le laisser à côté de mon lit pour le reprendre par petit bout de temps à autre, voir si c’est toujours aussi imperméable à la compréhension et m’extasier devant le culot de l’auteur d’oser des phrases pareilles, en particulier dans un opuscule introductif visant à restaurer la simplicité originelle.
Je n’aurais pas dû m’arrêter au titre de ce petit opuscule didactique, sans lire au moins le début de la 1ère phrase du dos de couverture : « La pensée heideggerienne est une pensée plus accessible qu’il n’y paraît, pour peu que l’on veuille bien prendre au sérieux cette accessibilité même… ».
Le but de l’ouvrage est de rendre Heidegger à sa clarté et le moins qu’on puisse dire est que c’est complètement foiré. J’ai eu l’impression d’être un mongolien en pleine concentration devant un Oui-Oui sans image, ou la victime d’un canular vicieux. Peut-être est-ce simplement un exercice de poésie surréaliste, en tout cas c’est totalement imbitable à mon niveau d’heideggerien 1er échelon et je me suis découragé à la 19ème page, 19 pages pour ne retenir que la filiation de Heidegger à Kierkegaard, dont il deviendra pote après la ponte du Sein und Zeit.
Je vais le laisser à côté de mon lit pour le reprendre par petit bout de temps à autre, voir si c’est toujours aussi imperméable à la compréhension et m’extasier devant le culot de l’auteur d’oser des phrases pareilles, en particulier dans un opuscule introductif visant à restaurer la simplicité originelle.
mardi 15 août 2006
Histoires de peintures, Daniel Arasse, train Avignon-Paris, 15 août 2006
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Transcription de 25 émissions radiodiffusées sur France Culture en 2003 et élaborées par un historien de l’art mort depuis, cette édition de poche est fort utilement agrémentée d’une cinquantaine de reproductions en couleur de l’essentiel des toiles évoquées dans l’ouvrage. Quelle frustration pour les auditeurs de l’émission que d’avoir dû se passer des images dont il est question ! Le texte est en effet assez pauvre et rébarbatif s’agissant d’un discours retranscrit, et l’essentiel du plaisir réside dans la contemplation ludique des œuvres reproduites à partir des pistes de réflexion de l’historien de l’art.
Ses descriptions et démonstrations sont souvent fragiles voire oiseuses, mais elles sont aussi très souvent évidentes, manifestes, et n’avaient pour autant pas été relevées par mon œil inaverti. Il s’agit en quelque sorte d’une leçon de regardage. Par exemple la Joconde, un des tout premiers portraits souriants, fut commandée par Francesco Del Gioconda mais jamais livrée car Léonard avait pris trop de liberté : le sourire est inconvenant, l’épilation des sourcils et d’une partie des cheveux est l’apanage des femmes de petite vertu, et le paysage derrière Mona Lisa est chaotique et incohérent. À droite de sa tête de hautes montagnes, à gauche un lac et une plaine, sans jonction entre les deux, autre que le sourire de Mona Lisa qui permet de passer du chaos à la grâce mais pour un moment éphémère, ce qui est le propre du sourire. Arasse rapproche ainsi la Joconde des Métamorphoses d’Ovide et son « Cueillez dès aujourd’hui » à l’adresse d’Hélène.
Autre « délire » non dénué d’intérêt : le Verrou de Fragonard, un couple à droite du tableau, « rien » à gauche sauf un lit défait avec des tentures aux formes très suggestives. À chacun de décider d’y voir ou non des représentations coquines, à chacun de faire sauter ou pas le verrou. Il y a aussi l’Olympia de Manet et la Vénus d’Urbin de Titien qui sont comparées avec beaucoup moins d’allant que Bourdieu ne le faisait au Collège de France lors de son cours sur la parodie dans la révolution (merveilleux souvenir, c’est comme si j’avais vu Bergson en 1910). Arasse évoque également les Menines de Velasquez, où le sujet de la toile (le couple royal) est dans un miroir tout petit au fond de la salle, et compare de façon passionnante une dizaine d’Annonciations du 15ème siècle, dans lesquelles l’invention toute récente de la perspective (que l’auteur rapproche d’un infini, celui de la ligne de fuite, désormais dans l’univers et non plus en dehors…) permet à chaque fois de faire croire que Gabriel et Marie se font face, alors qu’en fait une colonne les sépare, représentant le christ déjà là (puisque annoncé) mais pas encore visible.
Transcription de 25 émissions radiodiffusées sur France Culture en 2003 et élaborées par un historien de l’art mort depuis, cette édition de poche est fort utilement agrémentée d’une cinquantaine de reproductions en couleur de l’essentiel des toiles évoquées dans l’ouvrage. Quelle frustration pour les auditeurs de l’émission que d’avoir dû se passer des images dont il est question ! Le texte est en effet assez pauvre et rébarbatif s’agissant d’un discours retranscrit, et l’essentiel du plaisir réside dans la contemplation ludique des œuvres reproduites à partir des pistes de réflexion de l’historien de l’art.
Ses descriptions et démonstrations sont souvent fragiles voire oiseuses, mais elles sont aussi très souvent évidentes, manifestes, et n’avaient pour autant pas été relevées par mon œil inaverti. Il s’agit en quelque sorte d’une leçon de regardage. Par exemple la Joconde, un des tout premiers portraits souriants, fut commandée par Francesco Del Gioconda mais jamais livrée car Léonard avait pris trop de liberté : le sourire est inconvenant, l’épilation des sourcils et d’une partie des cheveux est l’apanage des femmes de petite vertu, et le paysage derrière Mona Lisa est chaotique et incohérent. À droite de sa tête de hautes montagnes, à gauche un lac et une plaine, sans jonction entre les deux, autre que le sourire de Mona Lisa qui permet de passer du chaos à la grâce mais pour un moment éphémère, ce qui est le propre du sourire. Arasse rapproche ainsi la Joconde des Métamorphoses d’Ovide et son « Cueillez dès aujourd’hui » à l’adresse d’Hélène.
Autre « délire » non dénué d’intérêt : le Verrou de Fragonard, un couple à droite du tableau, « rien » à gauche sauf un lit défait avec des tentures aux formes très suggestives. À chacun de décider d’y voir ou non des représentations coquines, à chacun de faire sauter ou pas le verrou. Il y a aussi l’Olympia de Manet et la Vénus d’Urbin de Titien qui sont comparées avec beaucoup moins d’allant que Bourdieu ne le faisait au Collège de France lors de son cours sur la parodie dans la révolution (merveilleux souvenir, c’est comme si j’avais vu Bergson en 1910). Arasse évoque également les Menines de Velasquez, où le sujet de la toile (le couple royal) est dans un miroir tout petit au fond de la salle, et compare de façon passionnante une dizaine d’Annonciations du 15ème siècle, dans lesquelles l’invention toute récente de la perspective (que l’auteur rapproche d’un infini, celui de la ligne de fuite, désormais dans l’univers et non plus en dehors…) permet à chaque fois de faire croire que Gabriel et Marie se font face, alors qu’en fait une colonne les sépare, représentant le christ déjà là (puisque annoncé) mais pas encore visible.
mardi 8 août 2006
La méthode simple pour en finir avec la cigarette, Allen Carr, train Nantes-Avignon, 8 août 2006,
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Amusant exercice de boniments que cette méthode qui promet l’arrêt de la cigarette sans souffrance et sans effort, alors que l’auteur semble avoir dû consacrer le restant de ses jours à la lutte contre le tabac pour parvenir à supprimer ses 5 ( !) paquets quotidiens. L’essentiel de sa méthode rappelle le bon vieux docteur Coué : il suffit de décider qu’on arrête et d’être persuadé qu’on ne touchera plus jamais une clope ni quoi que ce soit qui se fume, et de se convaincre qu’on ne renonce à rien, en acceptant avec joie les symptômes de manque, qui signalent d’abord la libération en cours.
Les 200 pages d’élucubrations répétitives sont cependant instructives. Elles permettent de prendre pleinement conscience que la dépendance est avant tout psychologique et provient de la peur de la vie sans cigarette. Je ne sais pas si c’est à force de me l’entendre répéter sur 200 pages mais j’ai désormais intégré l’idée que fumer n’est pas un plaisir. Une des idées intéressantes du livre est d’ailleurs que si c’était plaisant, nous aurions à coup sûr montré davantage de méfiance et n’aurions pas adopté cette habitude si facilement. L’auteur préconise de continuer à fumer pendant la lecture de son livre, de mûrir sa réflexion sur les raisons pour lesquelles on fume alors qu’il n’en résulte aucun plaisir, puis de bien choisir son moment et d’écraser sa dernière cigarette.
En ce qui me concerne ce sera le 15 août et je me sens assez prêt. Je trouve que fumer est anachronique et je suis convaincu que tout le monde trouvera ça parfaitement dégueulasse dans 10 ans. En même temps même si je sens (ou crois sentir) que ça m’est devenu inutile, je ne regrette pas d’avoir commencé car c’est un truc pour grandir à l’adolescence et il y a quand même certaines clopes dont je serai nostalgique, notamment celles qui nécessitent de s’isoler à l’extérieur, seul ou à plusieurs.
Allen Carr oppose sa méthode à celle dite classique reposant sur un effort de volonté mettant insuffisamment à contribution le retour réflexif sur le choix effectué, et la décline pour les obèses, les toxicos, etc… C’est un charlatan utile, qui préconise au passage de ne pas donner ni prêter son livre…
Amusant exercice de boniments que cette méthode qui promet l’arrêt de la cigarette sans souffrance et sans effort, alors que l’auteur semble avoir dû consacrer le restant de ses jours à la lutte contre le tabac pour parvenir à supprimer ses 5 ( !) paquets quotidiens. L’essentiel de sa méthode rappelle le bon vieux docteur Coué : il suffit de décider qu’on arrête et d’être persuadé qu’on ne touchera plus jamais une clope ni quoi que ce soit qui se fume, et de se convaincre qu’on ne renonce à rien, en acceptant avec joie les symptômes de manque, qui signalent d’abord la libération en cours.
Les 200 pages d’élucubrations répétitives sont cependant instructives. Elles permettent de prendre pleinement conscience que la dépendance est avant tout psychologique et provient de la peur de la vie sans cigarette. Je ne sais pas si c’est à force de me l’entendre répéter sur 200 pages mais j’ai désormais intégré l’idée que fumer n’est pas un plaisir. Une des idées intéressantes du livre est d’ailleurs que si c’était plaisant, nous aurions à coup sûr montré davantage de méfiance et n’aurions pas adopté cette habitude si facilement. L’auteur préconise de continuer à fumer pendant la lecture de son livre, de mûrir sa réflexion sur les raisons pour lesquelles on fume alors qu’il n’en résulte aucun plaisir, puis de bien choisir son moment et d’écraser sa dernière cigarette.
En ce qui me concerne ce sera le 15 août et je me sens assez prêt. Je trouve que fumer est anachronique et je suis convaincu que tout le monde trouvera ça parfaitement dégueulasse dans 10 ans. En même temps même si je sens (ou crois sentir) que ça m’est devenu inutile, je ne regrette pas d’avoir commencé car c’est un truc pour grandir à l’adolescence et il y a quand même certaines clopes dont je serai nostalgique, notamment celles qui nécessitent de s’isoler à l’extérieur, seul ou à plusieurs.
Allen Carr oppose sa méthode à celle dite classique reposant sur un effort de volonté mettant insuffisamment à contribution le retour réflexif sur le choix effectué, et la décline pour les obèses, les toxicos, etc… C’est un charlatan utile, qui préconise au passage de ne pas donner ni prêter son livre…
lundi 7 août 2006
Grand-père, Jean-Louis Costes, Noirmoutiers, 7 août 2006
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Dernier de la série des livres (qu’on puisse du moins qualifier comme tels) offert pour mes 30 ans (par M. et L. cette fois), Grand-père est le moins littéraire et le plus jouissif. Jean-Louis Costes est un activiste dégénéré et le moins qu’on puisse dire est qu’il ne s’adoucit pas en s’essayant à la littérature.
Costes reconstitue l’histoire tragique de son grand-père Garnick Sarkissian, qu’il n’a connu qu’épave, immigré arménien poivrot clodo qui zonait dans le salon de son HLM avec la grand-mère sans un regard ou un borborygme pour quelqu’un d’autre que la télé. En se concentrant sur l’écho en lui de son grand-père et avec pour tout indice quelques divagations gâteuses de sa grand-mère, Costes retrace le parcours apocalyptique et chevaleresque du progromeur pogromé : né en 1900 en Arménie, Granick Sarkissian voit toute sa famille décimée en deux pogroms successifs (les turcs en 1915, les cosaques en 1918) avec pour finir sa sœur multiviolée embrochée au clocher de l’église du village. Il rejoint alors les cosaques pour piller violer pogromer deux ans durant dans la steppe dans une course poursuite avec l’armée rouge. Après la défaite des blancs et quelques milliers de massacres et de viols, Garnick et ses potes sont rapatriés par leurs alliés français vers Marseille. Là ne sachant que faire d’autre que tuer et violer, il s’engage dans la Légion étrangère pour 10 ans de guerre coloniale bien sanglante. Finalement blessé il croise la grand-mère dans le train qui le remonte sur Paris et la baise le soir même. Il boit, la bat et n’en fout pas une rame et trouve un soir en rentrant du bistrot l’ancien prétendant propret de la grand-mère dans la grand-mère. Il le bute illico en l’écrasant contre le mur et c’est parti pour le bagne à Cayenne dont il s’échappe pour s’installer au Brésil à chercher de l’or. Au bout de dix ans c’est la grand-mère qui revient le chercher et bizarrement il la suit ! Retour à Paris en 1940, où Sarkissian (juif arménien) mène grand train en revendant le contenu des appartements vidés de leurs occupants par des rafles. Après la guerre il devient simple clodo poivrot d’appartement pendant 20 ou 30 ans à recuire sa haine pour la France et la grand-mère.
Il y a de la chatte, de la merde et du cracra à toutes les pages et un certain nombre de vierges de 10 ans empalées sur des queues, des clochers, etc… La jubilation régressive de l’auteur, qui ne respecte rien et surtout pas sa famille, est plutôt à mon goût, de même que sa nostalgie d’une époque où l’on vivait, celle d’avant l’embourgeoisement généralisé. Jean-Louis Costes n’exclut pas la possibilité d’un gros mytho destiné à compenser la honte d’un grand-père clodo qui ramasse les mégots dans les bars devant son petit-fils avant de se faire virer à coups de pied dans le cul. Que l’épopée soit véridique ou non, est-ce important ? C’est à la fois fondamental pour Costes qui se cherche à travers son grand-père et accessoire puisque ce qui compte c’est qu’ont existé et qu’aient été transmises cette innocence complice (le pogrommeur pogrommé) et cette rage de vivre, pour preuve c’est à partir de ce legs que Costes reconstitue l’histoire. Ce n’est pas de la grande littérature mais c’est drôle, bien documenté, un brin répétitif et le chevalier Sarkissian, « bon-papa-qui-pique », avec ses manières ignobles et sa cruauté sans borne et sans états d’âme, est terriblement attachant.
Dernier de la série des livres (qu’on puisse du moins qualifier comme tels) offert pour mes 30 ans (par M. et L. cette fois), Grand-père est le moins littéraire et le plus jouissif. Jean-Louis Costes est un activiste dégénéré et le moins qu’on puisse dire est qu’il ne s’adoucit pas en s’essayant à la littérature.
Costes reconstitue l’histoire tragique de son grand-père Garnick Sarkissian, qu’il n’a connu qu’épave, immigré arménien poivrot clodo qui zonait dans le salon de son HLM avec la grand-mère sans un regard ou un borborygme pour quelqu’un d’autre que la télé. En se concentrant sur l’écho en lui de son grand-père et avec pour tout indice quelques divagations gâteuses de sa grand-mère, Costes retrace le parcours apocalyptique et chevaleresque du progromeur pogromé : né en 1900 en Arménie, Granick Sarkissian voit toute sa famille décimée en deux pogroms successifs (les turcs en 1915, les cosaques en 1918) avec pour finir sa sœur multiviolée embrochée au clocher de l’église du village. Il rejoint alors les cosaques pour piller violer pogromer deux ans durant dans la steppe dans une course poursuite avec l’armée rouge. Après la défaite des blancs et quelques milliers de massacres et de viols, Garnick et ses potes sont rapatriés par leurs alliés français vers Marseille. Là ne sachant que faire d’autre que tuer et violer, il s’engage dans la Légion étrangère pour 10 ans de guerre coloniale bien sanglante. Finalement blessé il croise la grand-mère dans le train qui le remonte sur Paris et la baise le soir même. Il boit, la bat et n’en fout pas une rame et trouve un soir en rentrant du bistrot l’ancien prétendant propret de la grand-mère dans la grand-mère. Il le bute illico en l’écrasant contre le mur et c’est parti pour le bagne à Cayenne dont il s’échappe pour s’installer au Brésil à chercher de l’or. Au bout de dix ans c’est la grand-mère qui revient le chercher et bizarrement il la suit ! Retour à Paris en 1940, où Sarkissian (juif arménien) mène grand train en revendant le contenu des appartements vidés de leurs occupants par des rafles. Après la guerre il devient simple clodo poivrot d’appartement pendant 20 ou 30 ans à recuire sa haine pour la France et la grand-mère.
Il y a de la chatte, de la merde et du cracra à toutes les pages et un certain nombre de vierges de 10 ans empalées sur des queues, des clochers, etc… La jubilation régressive de l’auteur, qui ne respecte rien et surtout pas sa famille, est plutôt à mon goût, de même que sa nostalgie d’une époque où l’on vivait, celle d’avant l’embourgeoisement généralisé. Jean-Louis Costes n’exclut pas la possibilité d’un gros mytho destiné à compenser la honte d’un grand-père clodo qui ramasse les mégots dans les bars devant son petit-fils avant de se faire virer à coups de pied dans le cul. Que l’épopée soit véridique ou non, est-ce important ? C’est à la fois fondamental pour Costes qui se cherche à travers son grand-père et accessoire puisque ce qui compte c’est qu’ont existé et qu’aient été transmises cette innocence complice (le pogrommeur pogrommé) et cette rage de vivre, pour preuve c’est à partir de ce legs que Costes reconstitue l’histoire. Ce n’est pas de la grande littérature mais c’est drôle, bien documenté, un brin répétitif et le chevalier Sarkissian, « bon-papa-qui-pique », avec ses manières ignobles et sa cruauté sans borne et sans états d’âme, est terriblement attachant.
lundi 31 juillet 2006
L’âge d’homme, Michel Leiris, TGV Avignon-Paris, 31 juillet 2006
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Offert avec beaucoup d’à-propos par P. pour mes 30 ans et initialement alléchant (l’auteur se propose, ayant atteint l’âge d’homme, de procéder à un bilan dont il ne taira rien, dans le but de s’émanciper de certaines obsessions qui le rongent), cette lecture se révèlera presque aussi assommante que celle du Quignard offert à la même occasion par la compagne de P.. Soit nous appartenons à deux familles de lecteurs aux goûts inconciliables, soit mon appétit de lecture est émoussé, mais ça fait un moment que je m’endors sur mes livres…
Michel Leiris est proche des surréalistes, intéressé par la psychanalyse et l’interprétation des rêves, passionné de théâtre et d’opéra. L’essentiel des 200 pages de ce livre relate des souvenirs d’enfance en particulier la découverte des classiques du théâtre et de l’opéra et des figures qui l’ont marqué, voire traumatisé, dans ces pièces. Deux figures de femmes reviennent ainsi de façon lancinante : Lucrèce qui se suicide devant son mari parce que Sextus Tarquin l’a violé, et Judith, qui, après s’être offerte à lui, tranche la tête d’Holopherne, général de Nabuchodonosor qui assiégeait Béthulie. Leiris exhibe les méandres de son parcours de maniaque sexuel impuissant, écartelé entre la figure de la sainte (Lucrèce, qu’il épouse contre son gré ou qu’il fréquente assidûment au bordel et à qui dans tous les cas il inflige des souffrances) et la figure de la pute (soit également au bordel, soit rencontrées au cours de beuveries acharnées, et dont il jouit du mépris pour sa déchéance).
Epuisé par cet insoluble sado-masochisme, il décide de s’analyser le plus objectivement possible (même s’il est conscient que l’objectivité lui est inaccessible) et tente au passage d’en faire un chef d’œuvre littéraire, l’occasion semblant propice puisqu’il se met en danger (« De la littérature considérée comme une tauromachie »). La thérapie est-elle efficace ? Si l’on considère que l’auteur est suicidaire quand il décide d’écrire (en 1930), qu’il envisage dans la préface rédigée en 1945 de finir ses jours avec sa compagne, ce qui suppose qu’il a enfin trouvé une relation de couple équilibrée, qu’il a une nouvelle fois annoté son ouvrage en 1965 pour une nouvelle parution, ce qui suppose qu’il était toujours vivant, on peut sans doute répondre par l’affirmative, bien que le principal enseignement de sa réflexion est qu’il a le goût de la souffrance parce qu’il s’est très tôt construit par la découverte passionnée des arts dramatiques. Un peu faiblard au bout d’une réflexion de cinq années.
S’agit-il d’un chef d’œuvre littéraire ? Il semble que cela soit communément admis mais sans doute davantage à cause de l’intransigeance de la démarche exhibitionniste et sacrificielle qui publiée en 1935 a fait date dans l’histoire littéraire, qu’à cause des qualités littéraires intrinsèques du livre : la grande richesse des références culturelles et l’élégance du style me semblent gâchées par le fouillis de la composition (sans doute à mettre sur le compte des accointances surréalistes) et le récit est beaucoup trop centré sur la petite enfance pour devenir réellement passionnant. Que cela soit ou non dans la petite enfance que tout se joue (ce dont Leiris semble convaincu), l’intérêt pour le lecteur est d’avoir connaissance en détail des déflagrations qui en résultent à l’âge adulte.
Offert avec beaucoup d’à-propos par P. pour mes 30 ans et initialement alléchant (l’auteur se propose, ayant atteint l’âge d’homme, de procéder à un bilan dont il ne taira rien, dans le but de s’émanciper de certaines obsessions qui le rongent), cette lecture se révèlera presque aussi assommante que celle du Quignard offert à la même occasion par la compagne de P.. Soit nous appartenons à deux familles de lecteurs aux goûts inconciliables, soit mon appétit de lecture est émoussé, mais ça fait un moment que je m’endors sur mes livres…
Michel Leiris est proche des surréalistes, intéressé par la psychanalyse et l’interprétation des rêves, passionné de théâtre et d’opéra. L’essentiel des 200 pages de ce livre relate des souvenirs d’enfance en particulier la découverte des classiques du théâtre et de l’opéra et des figures qui l’ont marqué, voire traumatisé, dans ces pièces. Deux figures de femmes reviennent ainsi de façon lancinante : Lucrèce qui se suicide devant son mari parce que Sextus Tarquin l’a violé, et Judith, qui, après s’être offerte à lui, tranche la tête d’Holopherne, général de Nabuchodonosor qui assiégeait Béthulie. Leiris exhibe les méandres de son parcours de maniaque sexuel impuissant, écartelé entre la figure de la sainte (Lucrèce, qu’il épouse contre son gré ou qu’il fréquente assidûment au bordel et à qui dans tous les cas il inflige des souffrances) et la figure de la pute (soit également au bordel, soit rencontrées au cours de beuveries acharnées, et dont il jouit du mépris pour sa déchéance).
Epuisé par cet insoluble sado-masochisme, il décide de s’analyser le plus objectivement possible (même s’il est conscient que l’objectivité lui est inaccessible) et tente au passage d’en faire un chef d’œuvre littéraire, l’occasion semblant propice puisqu’il se met en danger (« De la littérature considérée comme une tauromachie »). La thérapie est-elle efficace ? Si l’on considère que l’auteur est suicidaire quand il décide d’écrire (en 1930), qu’il envisage dans la préface rédigée en 1945 de finir ses jours avec sa compagne, ce qui suppose qu’il a enfin trouvé une relation de couple équilibrée, qu’il a une nouvelle fois annoté son ouvrage en 1965 pour une nouvelle parution, ce qui suppose qu’il était toujours vivant, on peut sans doute répondre par l’affirmative, bien que le principal enseignement de sa réflexion est qu’il a le goût de la souffrance parce qu’il s’est très tôt construit par la découverte passionnée des arts dramatiques. Un peu faiblard au bout d’une réflexion de cinq années.
S’agit-il d’un chef d’œuvre littéraire ? Il semble que cela soit communément admis mais sans doute davantage à cause de l’intransigeance de la démarche exhibitionniste et sacrificielle qui publiée en 1935 a fait date dans l’histoire littéraire, qu’à cause des qualités littéraires intrinsèques du livre : la grande richesse des références culturelles et l’élégance du style me semblent gâchées par le fouillis de la composition (sans doute à mettre sur le compte des accointances surréalistes) et le récit est beaucoup trop centré sur la petite enfance pour devenir réellement passionnant. Que cela soit ou non dans la petite enfance que tout se joue (ce dont Leiris semble convaincu), l’intérêt pour le lecteur est d’avoir connaissance en détail des déflagrations qui en résultent à l’âge adulte.
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