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J’avais toujours cru d’après son titre que ce livre était plus ou moins autobiographique. En fait c’est un roman totalement imaginé par l’auteur, qui raconte la vengeance de Lee Anderson, noir (à seulement 1/8ème) sans en avoir l’air dans une Amérique raciste. Le fond du message de Boris Vian est étonnant et finalement très fort : ce qui compte dans la vie, c’est de se venger. Le frère de Lee a été lynché parce qu’il fricotait avec une blanche. Son autre frère plus âgé est un brave type incapable de rébellion ; c’est à Lee qu’incombe la vengeance de la mort de son frère. Plutôt que de s’en prendre directement aux assassins, il déménage dans une contrée où personne ne le connaît, prend un boulot dans une librairie et commence à fréquenter les jeunes du coin, en particulier les jeunes filles, très très licencieuses. L’essentiel du récit est consacré aux batifolages de Lee, que son timbre de voix rend irrésistible et dont l’appétit sexuel est d’une grande constance. Le jour où il rencontre les sœurs Asquith, c’est le coup de cœur, il tient sa vengeance. Il les séduit l’une et l’autre (ou plus exactement il viole la première ivre morte et violente la seconde, c’était vraiment la belle vie la drague après-guerre) et les voilà toutes deux prêtes à tout pour lui. Il engrosse Jean, la plus âgée et pour finir les bute toutes les deux avec une violence et un sadisme dignes des cosaques de Jean-Louis Costes. Lui-même finit buté par la police, qui finit le travail entamé par Lou, la plus jeune des sœurs Asquith, séduite elle aussi mais d’une façon bien moins aveugle que sa grande sœur.
Le récit est court et jubilatoire, étonnamment crû pour un best seller de l’année 1947 (sous le pseudonyme de Vernon Sullivan tout de même), mais le scénario est fragile : un noir qui ressemble à un blanc, et dont la seule obsession est une vengeance de race. On peut soupçonner soit Boris Vian, soit Lee Anderson de prendre là prétexte à débauche sexuelle et à révolte métaphysique contre la condition masculine, qui trouve à se défouler dans le massacre de jeunes vierges écervelées et magnifiques. Pas sur donc qu’il y ait vraiment là une ode antiraciste, mais le rythme est trépidant, la séduction permanente et la lecture, qui n’excède pas deux heures, régulièrement émoustillante.
dimanche 18 novembre 2007
mercredi 7 novembre 2007
Trente ans et des poussières, Jay McInernay, train Aix-Paris, 7 novembre 2007
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Un an de la vie de Russell et Corinne Calloway, couple marié trentenaire sans enfant, new yorkais d’adoption mais jusqu’au bout des ongles, autour du krack boursier d’octobre 1987. Russell et corinne sont beaux, jeunes, amoureux, mondains, successfuls ; lui travaille dans une maison d’édition prestigieuse, Corbin Dern, et a quelques best sellers à son actif, en particulier celui de son meilleur ami Jeff Pierce ; elle est courtière en titres financiers un peu par résignation alors qu’elle se fantasme en Mère Theresa et sert deux fois par semaine la soupe populaire. On sent progressivement que ce bel ordonnancement a tendance à se dérégler depuis que Jeff est devenu un auteur à succès. Se sentant un peu dans l’impasse sur le plan professionnel (il a surpris son patron Harold Stone en train de fricoter avec sa secrétaire) et sans doute aussi pour s’accomplir autant que son copain Jeff, Russell entreprend de racheter Corbin Dern en faisant appel à Trina Cox, une connaissance de fac devenue banquière d’affaire. Celle-ci l’oriente vers Bernie Melman, homme d’affaire juif milliardaire, tout petit mais doté d’un bagout inarrêtable et très drôle. Se faisant, Russell se perd en route et s’éloigne de Corinne, qui replonge dans l’anorexie de son enfance pendant que Jeff devient franchement toxico. Russell et Corinne préviennent les parents de Jeff qui est contraint à une cure de désintoxication. Russell finit par tromper Corinne avec Trina et se fait griller illico. Corinne retourne chez sa mère pendant que l’OPA sur Corbin Dern foire lamentablement, le krack boursier donnant l’occasion à Bernie Melman de poursuivre le projet sans Russell et pour finir Jeff, appelé à demander pardon à tout va dans le cadre de sa cure, lâche à Russell qu’il a fricoté avec Corinne avant leur mariage. Finalement Jeff meurt du sida et après quelques temps Russell et Corinne se remettent ensemble et repartent pour de nouvelles aventures, déchargés de tout objectif de perfection et de leur innocence initiale.
L’écriture de Jay McInernay ressemble fort à celle de Bret Easton Ellis en nettement moins psychédélique et psychotrope et sans les failles qui déchirent la normalité à intervalle régulier chez Ellis. Le cadre new yorkais, le name dropping, l’activité mondaine, la facilité des relations sociales, à la fois denses et primordiales sans que ce soit incompatible avec une grande superficialité, le brio des personnages, et la distance que le narrateur prend avec eux, tout concourt à la sensation de se retrouver dans un roman d’Ellis, la normalité en prime. C’est par conséquent très plaisant à lire, avec un petit côté générationnel urbain à la Bridget Jones qui ferait fureur au cinéma (invraisemblable que personne n’en ait à ce jour tiré un scénario de film), mais l’absence de dérapage barré, s’il facilite la lecture, empêche d’accéder à une épaisseur aussi transcendantale que chez Ellis.
Il y a du fond tout de même, le drame de deux copains amoureux de la même fille, elle-même étant amoureuse des deux, qui ne trouve de solution que dans le quasi-suicide de l’un des deux amis-concurrents, les deux copains tellement proches l’un de l’autre qu’ils ne peuvent s’empêcher de penser que leurs vies auraient pu être échangées, et vivent dans la comparaison permanente. Et puis la perte de la naïveté, avec le temps qui passe, et la perte tout court.
« Assis là, sur le sable froid, cela l’attristait de se rendre compte qu’il comprenait Jeff bien mieux qu’il ne comprendrait jamais Corinne, qu’une des deux espèces d’amour était régie par un ensemble de lois différentes de celles qui régissaient l’autre, parce que, on avait beau faire semblant, l’une était exclusive, et l’autre pas. Et cela l’attristait, aussi, de se rendre compte que malgré tout, quelque chose était perdu entre eux.
-Je nous vois tous les deux, dit-il comme pour compenser cette intuition, deux petits vieux grincheux dans leur gilet tâché, jouant à l’écarté en maudissant en silence les jolies infirmières
-Non, toi je te vois, vieux machin dans son fauteuil à bascule sur la terrasse, à côté de Corinne. Malgré le petit coup de canif au contrat à Francfort, au fond, tu es le type qui demande à la pute de peindre sa maison.
-Qu’est-ce que ça fait de toi ? demanda Russell tandis que Jeff se tassait, pris d’un violent accès de toux.
Il mit une main devant sa bouche en s’appuyant sur l’autre pour se redresser.
-Je suis le type, coassa t-il avant de s’éclaircir la gorge, qui ne peut s’empêcher de croire qu’en demandant à la pute de faire tout autre chose, il atteindra à une fusion extatique avec la matière brute de l’univers. Et qui se retrouve avec une chaude pisse. »
Un an de la vie de Russell et Corinne Calloway, couple marié trentenaire sans enfant, new yorkais d’adoption mais jusqu’au bout des ongles, autour du krack boursier d’octobre 1987. Russell et corinne sont beaux, jeunes, amoureux, mondains, successfuls ; lui travaille dans une maison d’édition prestigieuse, Corbin Dern, et a quelques best sellers à son actif, en particulier celui de son meilleur ami Jeff Pierce ; elle est courtière en titres financiers un peu par résignation alors qu’elle se fantasme en Mère Theresa et sert deux fois par semaine la soupe populaire. On sent progressivement que ce bel ordonnancement a tendance à se dérégler depuis que Jeff est devenu un auteur à succès. Se sentant un peu dans l’impasse sur le plan professionnel (il a surpris son patron Harold Stone en train de fricoter avec sa secrétaire) et sans doute aussi pour s’accomplir autant que son copain Jeff, Russell entreprend de racheter Corbin Dern en faisant appel à Trina Cox, une connaissance de fac devenue banquière d’affaire. Celle-ci l’oriente vers Bernie Melman, homme d’affaire juif milliardaire, tout petit mais doté d’un bagout inarrêtable et très drôle. Se faisant, Russell se perd en route et s’éloigne de Corinne, qui replonge dans l’anorexie de son enfance pendant que Jeff devient franchement toxico. Russell et Corinne préviennent les parents de Jeff qui est contraint à une cure de désintoxication. Russell finit par tromper Corinne avec Trina et se fait griller illico. Corinne retourne chez sa mère pendant que l’OPA sur Corbin Dern foire lamentablement, le krack boursier donnant l’occasion à Bernie Melman de poursuivre le projet sans Russell et pour finir Jeff, appelé à demander pardon à tout va dans le cadre de sa cure, lâche à Russell qu’il a fricoté avec Corinne avant leur mariage. Finalement Jeff meurt du sida et après quelques temps Russell et Corinne se remettent ensemble et repartent pour de nouvelles aventures, déchargés de tout objectif de perfection et de leur innocence initiale.
L’écriture de Jay McInernay ressemble fort à celle de Bret Easton Ellis en nettement moins psychédélique et psychotrope et sans les failles qui déchirent la normalité à intervalle régulier chez Ellis. Le cadre new yorkais, le name dropping, l’activité mondaine, la facilité des relations sociales, à la fois denses et primordiales sans que ce soit incompatible avec une grande superficialité, le brio des personnages, et la distance que le narrateur prend avec eux, tout concourt à la sensation de se retrouver dans un roman d’Ellis, la normalité en prime. C’est par conséquent très plaisant à lire, avec un petit côté générationnel urbain à la Bridget Jones qui ferait fureur au cinéma (invraisemblable que personne n’en ait à ce jour tiré un scénario de film), mais l’absence de dérapage barré, s’il facilite la lecture, empêche d’accéder à une épaisseur aussi transcendantale que chez Ellis.
Il y a du fond tout de même, le drame de deux copains amoureux de la même fille, elle-même étant amoureuse des deux, qui ne trouve de solution que dans le quasi-suicide de l’un des deux amis-concurrents, les deux copains tellement proches l’un de l’autre qu’ils ne peuvent s’empêcher de penser que leurs vies auraient pu être échangées, et vivent dans la comparaison permanente. Et puis la perte de la naïveté, avec le temps qui passe, et la perte tout court.
« Assis là, sur le sable froid, cela l’attristait de se rendre compte qu’il comprenait Jeff bien mieux qu’il ne comprendrait jamais Corinne, qu’une des deux espèces d’amour était régie par un ensemble de lois différentes de celles qui régissaient l’autre, parce que, on avait beau faire semblant, l’une était exclusive, et l’autre pas. Et cela l’attristait, aussi, de se rendre compte que malgré tout, quelque chose était perdu entre eux.
-Je nous vois tous les deux, dit-il comme pour compenser cette intuition, deux petits vieux grincheux dans leur gilet tâché, jouant à l’écarté en maudissant en silence les jolies infirmières
-Non, toi je te vois, vieux machin dans son fauteuil à bascule sur la terrasse, à côté de Corinne. Malgré le petit coup de canif au contrat à Francfort, au fond, tu es le type qui demande à la pute de peindre sa maison.
-Qu’est-ce que ça fait de toi ? demanda Russell tandis que Jeff se tassait, pris d’un violent accès de toux.
Il mit une main devant sa bouche en s’appuyant sur l’autre pour se redresser.
-Je suis le type, coassa t-il avant de s’éclaircir la gorge, qui ne peut s’empêcher de croire qu’en demandant à la pute de faire tout autre chose, il atteindra à une fusion extatique avec la matière brute de l’univers. Et qui se retrouve avec une chaude pisse. »
dimanche 7 octobre 2007
L’insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera, Paris, 7 octobre 2007
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À force d’entendre Finkielkraut dans sa réjouissante émission de radio invoquer presque hebdomadairement Kundera, je me suis dit que je l’avais peut-être classé un peu vite au rayon « fausses valeurs » après la lecture de L’ignorance. De fait il y a du contenu dans cette œuvre mythique, c’est même une sorte de roman démonstratif dans lequel l’histoire vient à l’appui d’une réflexion énoncée plus ou moins ouvertement sur le totalitarisme comme refus du réel, et de la mort au premier chef.
L’histoire est centrée sur le couple formé par Tomas et Tereza, avec une description très clinique, presque houellebecquienne, de leur degré de satisfaction respectif (la première des six parties aux intitulés redondants donne le point de vue de Tomas, la deuxième reprend la même portion du récit, mais du point de vue de Tereza), de l’impossibilité de la monogamie pour Tomas qui collectionne les conquêtes pour débusquer la singularité de chacune et s’approprier le monde (toute incidence d’un éventuel déséquilibre narcissique n’est pas même envisagée par Kundera). Incidemment l’histoire dérape sur l’une des maîtresses de Tomas, Sabina, dont le péché mignon est la trahison, ainsi que sur Franz, amoureux transi de Sabina qui vit avec elle en son absence, en conservant chevillé à l’âme ce qu’il suppose que seraient ses exigences et ses préférences quant à son comportement.
Le récit est dur et sans complaisance, tous les personnages sont plutôt malheureux : la lecture est sinistre. Ca part quand même un peu dans tous les sens et ce n’est pas très facile de voir où Kundera veut en venir. Le long développement sur le kitsch comme rejet de la merde semble toutefois être le cœur de la thèse et c’est une partie réussie, ce qui n’est pas toujours le cas des nombreux appendices et sous-exemples, dont on devine l’homogénéité d’ensemble plus qu’on ne la saisit. De fait l’analyse du totalitarisme semble reliée aux ressorts intimes du couple et à l’articulation amour / sexualité qui d’après Tomas (et Kundera ?) ne devrait pas avoir lieu d’être. Je ne suis pas sur d’avoir lu avec une attention suffisante car ça ne m’a pas passionné. Et les adresses au lecteur, qui ont dû être novatrices à la parution du livre, ont le don de m’irriter. On voit en tout cas tout-à-fait clairement d’où vient Adam Thirlwell (qui ne s’en cache pas). A noter la conclusion, là encore très houellebecquienne, sur l’agonie du chien Karénine, à l’immense tristesse de ses maîtres. C’est le passage le moins surprenant, mais c’est beaucoup moins ridicule qu’on pourrait le supposer. Il y a évidemment un message dans cette apologie de l’amour canin, mais lequel exactement ?
À force d’entendre Finkielkraut dans sa réjouissante émission de radio invoquer presque hebdomadairement Kundera, je me suis dit que je l’avais peut-être classé un peu vite au rayon « fausses valeurs » après la lecture de L’ignorance. De fait il y a du contenu dans cette œuvre mythique, c’est même une sorte de roman démonstratif dans lequel l’histoire vient à l’appui d’une réflexion énoncée plus ou moins ouvertement sur le totalitarisme comme refus du réel, et de la mort au premier chef.
L’histoire est centrée sur le couple formé par Tomas et Tereza, avec une description très clinique, presque houellebecquienne, de leur degré de satisfaction respectif (la première des six parties aux intitulés redondants donne le point de vue de Tomas, la deuxième reprend la même portion du récit, mais du point de vue de Tereza), de l’impossibilité de la monogamie pour Tomas qui collectionne les conquêtes pour débusquer la singularité de chacune et s’approprier le monde (toute incidence d’un éventuel déséquilibre narcissique n’est pas même envisagée par Kundera). Incidemment l’histoire dérape sur l’une des maîtresses de Tomas, Sabina, dont le péché mignon est la trahison, ainsi que sur Franz, amoureux transi de Sabina qui vit avec elle en son absence, en conservant chevillé à l’âme ce qu’il suppose que seraient ses exigences et ses préférences quant à son comportement.
Le récit est dur et sans complaisance, tous les personnages sont plutôt malheureux : la lecture est sinistre. Ca part quand même un peu dans tous les sens et ce n’est pas très facile de voir où Kundera veut en venir. Le long développement sur le kitsch comme rejet de la merde semble toutefois être le cœur de la thèse et c’est une partie réussie, ce qui n’est pas toujours le cas des nombreux appendices et sous-exemples, dont on devine l’homogénéité d’ensemble plus qu’on ne la saisit. De fait l’analyse du totalitarisme semble reliée aux ressorts intimes du couple et à l’articulation amour / sexualité qui d’après Tomas (et Kundera ?) ne devrait pas avoir lieu d’être. Je ne suis pas sur d’avoir lu avec une attention suffisante car ça ne m’a pas passionné. Et les adresses au lecteur, qui ont dû être novatrices à la parution du livre, ont le don de m’irriter. On voit en tout cas tout-à-fait clairement d’où vient Adam Thirlwell (qui ne s’en cache pas). A noter la conclusion, là encore très houellebecquienne, sur l’agonie du chien Karénine, à l’immense tristesse de ses maîtres. C’est le passage le moins surprenant, mais c’est beaucoup moins ridicule qu’on pourrait le supposer. Il y a évidemment un message dans cette apologie de l’amour canin, mais lequel exactement ?
mardi 18 septembre 2007
Mauvaise réputation, Joey Starr, Poitiers, 18 septembre 2007
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Ce n’est pas vraiment de la littérature mais il y a un ton (« ce genre… ») et certaines phrases plus travaillées qui claquent bien, d’autres qui lorgnent vers l’argot sophistiqué, peut-être la marque de Philippe Manœuvre qui a accouché le récit de Joey Starr. Le récit est haletant, toujours entre trois défonces et deux bastons, toujours une embrouille en cours, toujours en dérapage. L’énergie, l’intensité et l’exigence de Joey Starr, qui en rajoute sûrement parfois un peu, rendent la lecture captivante de la première (entamée à six heures de l’après-midi) à la dernière ligne (atteinte à deux heures du matin, avec deux heures de pause au milieu). Un peu comme dans les mémoires de Bob Dylan, certes dans un registre moins subtil, on retrouve tout le « son » de Joey Starr dans la hargne verbale qu’il met au récit de son parcours, avec aussi ce côté « je suis mon propre repère » qui fait sa classe.
On réalise aussi à quel point c’est un emmerdeur ingérable, Kool Shen a dû en baver… D’ailleurs depuis bien longtemps ils ne se croisaient plus que pour la musique, leur amitié réelle n’ayant duré que le temps de l’adolescence, et je voudrais pas être dans les parages quand ils remettront le couvert pour un 5ème album qui semble inéluctable, tant ils perdent mutuellement à leur séparation. En attendant Kool Shen déguste : décrit comme un obsessionnel flippé, menteur et manipulateur, Joey ne lui adresse plus la parole depuis l’annonce de son retrait du groupe.
Sa justesse de ton me rend Joey Starr sympathique et admirable, mais c’est tout de même hallucinant de faire le boulet à ce point : il choure tout et n’importe quoi depuis toujours, coûte une blinde monumentale à la RATP en effaçage de graffs et à l’armée française en procédures disciplinaires, passe un certain nombre de nuits dans le métro foncedé, tape sur quelques-unes de ses copines et pas mal de quidams (l’altercation avec l’hôtesse de l’air n’a pas eu lieu dans un avion mais dans un hôtel et l’accusation d’escroquerie à son encontre est relativement crédible…) et s’embrouille finalement avec tous ses potes un par un, à l’exception très notable de Seb Farran, son manager. Le coût de cet incontestable talent pour la collectivité n’est pas des plus abordable…
Mais bon au moins il ne fait pas que le boulet, il a une curiosité du monde (cf. sa rencontre avec Béatrice Dalle qui lui ouvre les portes d’un nouvel univers culturel, et peut-être aussi psychanalytique, elle est terriblement barge) et beaucoup de générosité. Et puis commencer dans la vie au rez-de-chaussée d’un HLM de Saint-Denis avec pour seule compagnie un père violent et pas très intéressé, je connais peu de gars qui ont autant d’excuses à leur bouletude.
Ce n’est pas vraiment de la littérature mais il y a un ton (« ce genre… ») et certaines phrases plus travaillées qui claquent bien, d’autres qui lorgnent vers l’argot sophistiqué, peut-être la marque de Philippe Manœuvre qui a accouché le récit de Joey Starr. Le récit est haletant, toujours entre trois défonces et deux bastons, toujours une embrouille en cours, toujours en dérapage. L’énergie, l’intensité et l’exigence de Joey Starr, qui en rajoute sûrement parfois un peu, rendent la lecture captivante de la première (entamée à six heures de l’après-midi) à la dernière ligne (atteinte à deux heures du matin, avec deux heures de pause au milieu). Un peu comme dans les mémoires de Bob Dylan, certes dans un registre moins subtil, on retrouve tout le « son » de Joey Starr dans la hargne verbale qu’il met au récit de son parcours, avec aussi ce côté « je suis mon propre repère » qui fait sa classe.
On réalise aussi à quel point c’est un emmerdeur ingérable, Kool Shen a dû en baver… D’ailleurs depuis bien longtemps ils ne se croisaient plus que pour la musique, leur amitié réelle n’ayant duré que le temps de l’adolescence, et je voudrais pas être dans les parages quand ils remettront le couvert pour un 5ème album qui semble inéluctable, tant ils perdent mutuellement à leur séparation. En attendant Kool Shen déguste : décrit comme un obsessionnel flippé, menteur et manipulateur, Joey ne lui adresse plus la parole depuis l’annonce de son retrait du groupe.
Sa justesse de ton me rend Joey Starr sympathique et admirable, mais c’est tout de même hallucinant de faire le boulet à ce point : il choure tout et n’importe quoi depuis toujours, coûte une blinde monumentale à la RATP en effaçage de graffs et à l’armée française en procédures disciplinaires, passe un certain nombre de nuits dans le métro foncedé, tape sur quelques-unes de ses copines et pas mal de quidams (l’altercation avec l’hôtesse de l’air n’a pas eu lieu dans un avion mais dans un hôtel et l’accusation d’escroquerie à son encontre est relativement crédible…) et s’embrouille finalement avec tous ses potes un par un, à l’exception très notable de Seb Farran, son manager. Le coût de cet incontestable talent pour la collectivité n’est pas des plus abordable…
Mais bon au moins il ne fait pas que le boulet, il a une curiosité du monde (cf. sa rencontre avec Béatrice Dalle qui lui ouvre les portes d’un nouvel univers culturel, et peut-être aussi psychanalytique, elle est terriblement barge) et beaucoup de générosité. Et puis commencer dans la vie au rez-de-chaussée d’un HLM de Saint-Denis avec pour seule compagnie un père violent et pas très intéressé, je connais peu de gars qui ont autant d’excuses à leur bouletude.
dimanche 16 septembre 2007
Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé, Paris, 16 septembre 2007
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La saga familiale des Scorta sert un peu de prétexte à la déclaration d’amour enflammée de l’auteur pour les Pouilles, pour son soleil qui crame une terre qui ne donne rien, et pour ses habitants, taciturnes et durs au mal. L’histoire elle-même est inégale. Elle commence par une erreur sur la personne lors d’un viol-suicide avec préméditation de 15 ans, lorsque Luciano Mascalzone revient à Montepuccio à sa sortie de prison. De cette méprise naît Rocco, sauvé de l’élimination par Don Giorgio et qui se vengera des habitants de Montepuccio en les terrorisant avec son train de grand truand. Rocco lèguera toute sa fortune à l’église, renvoyant à la misère ses trois enfants Domenico, Giuseppe et Carmela, cette dernière étant le personnage central du roman, celle qui porte l’hérédité des Scorta et l’attachement viscéral, à la fois élection et malédiction, aux Pouilles et à Montepuccio. C’est par sa faute que la tentative d’exil aux Etats-Unis échoue, les deux frères décidant de rester avec leur sœur refoulée de Ellis Island. De retour à Montepuccio, ils adoptent un nouveau frère, Raffaele, qui accepte cet honneur alors qu’il est fou amoureux de Carmela. Le reste est moins palpitant et un peu bâclé, c’est le récit de la transmission de l’héritage de Carmela à sa petite-fille par l’intermédiaire de l’increvable curé, chargé de lui confesser le moment venu les secrets indicibles : l’amour de Raffaele et l’échec de l’expédition à New York. Carmela a ainsi honoré le pacte des Scorta : ne pas disparaître sans avoir transmis une chose que l’on a appris à la génération qui vient.
Après un début tonitruant, le récit s’essouffle et tombe parfois dans l’anecdotique, avec de très belles scènes (Elia qui met le feu à son bureau de tabac, Donato son frère qui fait traverser l’Adriatique à l’Albanaise aux yeux noirs) et aussi de bonnes lourdeurs (le déjeuner au Trabucco, les morales à la papa) dans une accélération du déroulement temporel qui sent un peu l’auteur en flemme. La grande réussite de ce livre, qui a tout de même reçu le prix Goncourt 2004, tient à l’évocation du va-et-vient éternel des générations, reliées si intimement entre elles qu’elles ne forment plus qu’une seule personne qui poursuit un dialogue passionnée et sans fin avec les Pouilles. Ca donne très envie d’aller y apporter sa petite contribution contemplative.
La saga familiale des Scorta sert un peu de prétexte à la déclaration d’amour enflammée de l’auteur pour les Pouilles, pour son soleil qui crame une terre qui ne donne rien, et pour ses habitants, taciturnes et durs au mal. L’histoire elle-même est inégale. Elle commence par une erreur sur la personne lors d’un viol-suicide avec préméditation de 15 ans, lorsque Luciano Mascalzone revient à Montepuccio à sa sortie de prison. De cette méprise naît Rocco, sauvé de l’élimination par Don Giorgio et qui se vengera des habitants de Montepuccio en les terrorisant avec son train de grand truand. Rocco lèguera toute sa fortune à l’église, renvoyant à la misère ses trois enfants Domenico, Giuseppe et Carmela, cette dernière étant le personnage central du roman, celle qui porte l’hérédité des Scorta et l’attachement viscéral, à la fois élection et malédiction, aux Pouilles et à Montepuccio. C’est par sa faute que la tentative d’exil aux Etats-Unis échoue, les deux frères décidant de rester avec leur sœur refoulée de Ellis Island. De retour à Montepuccio, ils adoptent un nouveau frère, Raffaele, qui accepte cet honneur alors qu’il est fou amoureux de Carmela. Le reste est moins palpitant et un peu bâclé, c’est le récit de la transmission de l’héritage de Carmela à sa petite-fille par l’intermédiaire de l’increvable curé, chargé de lui confesser le moment venu les secrets indicibles : l’amour de Raffaele et l’échec de l’expédition à New York. Carmela a ainsi honoré le pacte des Scorta : ne pas disparaître sans avoir transmis une chose que l’on a appris à la génération qui vient.
Après un début tonitruant, le récit s’essouffle et tombe parfois dans l’anecdotique, avec de très belles scènes (Elia qui met le feu à son bureau de tabac, Donato son frère qui fait traverser l’Adriatique à l’Albanaise aux yeux noirs) et aussi de bonnes lourdeurs (le déjeuner au Trabucco, les morales à la papa) dans une accélération du déroulement temporel qui sent un peu l’auteur en flemme. La grande réussite de ce livre, qui a tout de même reçu le prix Goncourt 2004, tient à l’évocation du va-et-vient éternel des générations, reliées si intimement entre elles qu’elles ne forment plus qu’une seule personne qui poursuit un dialogue passionnée et sans fin avec les Pouilles. Ca donne très envie d’aller y apporter sa petite contribution contemplative.
mardi 4 septembre 2007
La route de Los Angeles, John Fante, Paris, 4 septembre 2007,
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Avec John Fante je n’ai fait que descendre. Ask the dust était époustouflant, Bandini était cool et Mon chien stupide bien léger. Là c’est tout simplement mauvais. Il s’agit d’ailleurs d’un manuscrit retrouvé après la mort de Fante sans avoir jamais été publié. L’éditeur américain qui signe une préface ridicule d’emphase prétend que c’est parce que le texte était trop provocant pour l’époque mais la vérité c’est que personne n’aurait jamais dû publier ce premier roman, même s’il est de John Fante dont soit dit en passant je commence à ne plus comprendre le culte que beaucoup lui vouent.
On retrouve Bandini à un âge intermédiaire, ou plutôt juste avant la période Ask the dust. Il a 18 ans, vit avec sa mère et sa sœur et végète à coup de petits boulots et de rêves de gloire. On comprend qu’il passe son temps à se branler sur des vignettes illustrées (« ses femmes ») et à ronger son frein, expulsant ses angoisse et sa culpabilité dans le sadisme envers les mouches et les crabes, l’agressivité envers sa sœur Mona (prénom décidément en vogue chez les écrivains américains rebelles de cette époque, cf. Miller) et une mythomanie désespérée qui s’exerce sur les rares oreilles disposées à la recevoir. Le caractère totalement abruti et incohérent de Bandini tout au long du livre est exaspérant : il suit une fille dans la rue pendant 10 pages en partant dans différents délires plus absurdes les uns que les autres pour ne finalement pas pouvoir réfréner une fuite en courant au moment où il va l’aborder ; il dépense une somme considérable pour un pistolet à plomb et des munitions et consacre un après-midi à massacrer des crabes en se racontant qu’il est général en chef, etc.. L’oscillation entre emballements mégalomaniaques et mépris dégoûté de soi-même est perpétuelle et rapidement lassante. On voit bien le projet de Fante de rendre la frustration sexuelle, sentimentale et professionnelle de l’adolescence, mais l’empathie pour Bandini est empêchée par son imbécillité, et sans empathie la fougue grandiloquente de Fante ne touche pas le lecteur. Il y a évidemment de bons passages mais c’est souvent ennuyeux et la construction manque de rigueur : tout n’est pas essentiel comme dans les deux autres aventures de Bandini, et le fil de l’intrigue n’est pas clair. S’il s’agit de la folie de Bandini soignée par la révélation de l’écriture, c’est un peu facile et pas très bien amené. Fante redescend de son piédestal.
Avec John Fante je n’ai fait que descendre. Ask the dust était époustouflant, Bandini était cool et Mon chien stupide bien léger. Là c’est tout simplement mauvais. Il s’agit d’ailleurs d’un manuscrit retrouvé après la mort de Fante sans avoir jamais été publié. L’éditeur américain qui signe une préface ridicule d’emphase prétend que c’est parce que le texte était trop provocant pour l’époque mais la vérité c’est que personne n’aurait jamais dû publier ce premier roman, même s’il est de John Fante dont soit dit en passant je commence à ne plus comprendre le culte que beaucoup lui vouent.
On retrouve Bandini à un âge intermédiaire, ou plutôt juste avant la période Ask the dust. Il a 18 ans, vit avec sa mère et sa sœur et végète à coup de petits boulots et de rêves de gloire. On comprend qu’il passe son temps à se branler sur des vignettes illustrées (« ses femmes ») et à ronger son frein, expulsant ses angoisse et sa culpabilité dans le sadisme envers les mouches et les crabes, l’agressivité envers sa sœur Mona (prénom décidément en vogue chez les écrivains américains rebelles de cette époque, cf. Miller) et une mythomanie désespérée qui s’exerce sur les rares oreilles disposées à la recevoir. Le caractère totalement abruti et incohérent de Bandini tout au long du livre est exaspérant : il suit une fille dans la rue pendant 10 pages en partant dans différents délires plus absurdes les uns que les autres pour ne finalement pas pouvoir réfréner une fuite en courant au moment où il va l’aborder ; il dépense une somme considérable pour un pistolet à plomb et des munitions et consacre un après-midi à massacrer des crabes en se racontant qu’il est général en chef, etc.. L’oscillation entre emballements mégalomaniaques et mépris dégoûté de soi-même est perpétuelle et rapidement lassante. On voit bien le projet de Fante de rendre la frustration sexuelle, sentimentale et professionnelle de l’adolescence, mais l’empathie pour Bandini est empêchée par son imbécillité, et sans empathie la fougue grandiloquente de Fante ne touche pas le lecteur. Il y a évidemment de bons passages mais c’est souvent ennuyeux et la construction manque de rigueur : tout n’est pas essentiel comme dans les deux autres aventures de Bandini, et le fil de l’intrigue n’est pas clair. S’il s’agit de la folie de Bandini soignée par la révélation de l’écriture, c’est un peu facile et pas très bien amené. Fante redescend de son piédestal.
dimanche 19 août 2007
Le capitalisme d’héritiers, Thomas Philippon, Paris, 19 août 2007
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Ce court essai d’économie appliquée défend une thèse simple à partir d’une série de corrélations statistiques : les pays dont les relations sociales au travail sont mauvaises enregistrent des contre-performances économiques, notamment sur le plan de la croissance et du chômage, et par ailleurs les pays qui connaissent les relations sociales au travail les plus tendues sont ceux dans lesquels est fortement représenté le capitalisme familial (entendu comme le pourcentage d’entreprises côtées ayant in fine pour actionnaire de référence – détenteur de plus de 10% du capital – un groupe familial et/ou un management familial).
Ce n’est pas inintéressant et le point de vue exprimé est sans doute fondé, mais sa démonstration est contre-productive : la caractéristique première de l’ouvrage est l’utilisation systématique et abusives des corrélations statistiques comme élément de preuve irréfutable. Thomas Philippon énonce d’ailleurs à maintes reprises des intuitions dont il cherche ensuite confirmation dans les statistiques, au besoin en recourant à des correctifs pour se « débarrasser » (texto) des certains « effets » ne cadrant pas avec la démonstration. Par exemple pour la démonstration centrale s’agissant de l’existence d’une corrélation entre qualité des relations sociales et poids des entreprises familiales, le deuxième terme de la comparaison est retraité pour tenir compte de la taille des pays, au prétexte qu’un grand marché intérieur impose de plus grandes entreprises, rendant plus difficile le maintien d’un contrôle familial. Un tel correctif est à l’évidence injustifié, et il ôte toute crédibilité à la corrélation recherchée. Même sans correctifs le pouvoir de démonstrations de ces correctifs est d’une façon générale largement surestimé par l’auteur, qui en cite pourtant spontanément les écueils : « la possibilité de causalité inverse et l’existence de variables non observées ». Autant une statistique bien choisie peut ébranler une conviction ou mettre sur une piste de réflexion, autant elle ne pourra à soi seule prouver quoi que ce soit ou, me concernant, emporter quelque conviction que ce soit… Je préfère largement les quelques citations qui émaillent le texte, telle celle pleine d’évidence de Warren Buffet, pour qui il serait « absurde de choisir l’équipe olympique de 2020 en sélectionnant les fils aînés des médailles d’or des jeux de l’an 2000 ». L’alliance du bon sens paysan et des mathématiques appliquées à la réalité devrait pourtant convaincre… Tout est peut-être question de rhétorique : l’intention de Thomas Philippon est trop manifeste et ses sabots trop gros. Aussi se défend t-on de le suivre.
Ce court essai d’économie appliquée défend une thèse simple à partir d’une série de corrélations statistiques : les pays dont les relations sociales au travail sont mauvaises enregistrent des contre-performances économiques, notamment sur le plan de la croissance et du chômage, et par ailleurs les pays qui connaissent les relations sociales au travail les plus tendues sont ceux dans lesquels est fortement représenté le capitalisme familial (entendu comme le pourcentage d’entreprises côtées ayant in fine pour actionnaire de référence – détenteur de plus de 10% du capital – un groupe familial et/ou un management familial).
Ce n’est pas inintéressant et le point de vue exprimé est sans doute fondé, mais sa démonstration est contre-productive : la caractéristique première de l’ouvrage est l’utilisation systématique et abusives des corrélations statistiques comme élément de preuve irréfutable. Thomas Philippon énonce d’ailleurs à maintes reprises des intuitions dont il cherche ensuite confirmation dans les statistiques, au besoin en recourant à des correctifs pour se « débarrasser » (texto) des certains « effets » ne cadrant pas avec la démonstration. Par exemple pour la démonstration centrale s’agissant de l’existence d’une corrélation entre qualité des relations sociales et poids des entreprises familiales, le deuxième terme de la comparaison est retraité pour tenir compte de la taille des pays, au prétexte qu’un grand marché intérieur impose de plus grandes entreprises, rendant plus difficile le maintien d’un contrôle familial. Un tel correctif est à l’évidence injustifié, et il ôte toute crédibilité à la corrélation recherchée. Même sans correctifs le pouvoir de démonstrations de ces correctifs est d’une façon générale largement surestimé par l’auteur, qui en cite pourtant spontanément les écueils : « la possibilité de causalité inverse et l’existence de variables non observées ». Autant une statistique bien choisie peut ébranler une conviction ou mettre sur une piste de réflexion, autant elle ne pourra à soi seule prouver quoi que ce soit ou, me concernant, emporter quelque conviction que ce soit… Je préfère largement les quelques citations qui émaillent le texte, telle celle pleine d’évidence de Warren Buffet, pour qui il serait « absurde de choisir l’équipe olympique de 2020 en sélectionnant les fils aînés des médailles d’or des jeux de l’an 2000 ». L’alliance du bon sens paysan et des mathématiques appliquées à la réalité devrait pourtant convaincre… Tout est peut-être question de rhétorique : l’intention de Thomas Philippon est trop manifeste et ses sabots trop gros. Aussi se défend t-on de le suivre.
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